Et pourtant, que de difficultés pour rentrer dans ce livre ! On souffre vraiment pendant les 100 premières pages. Augie March est un jeune juif, pauvre, vivant à Chicago pendant les années de la Grande Dépression. C'est l'histoire des immigrants que nous conte à sa façon Saul Bellow. Sa grand-mère tyrannise la famille, sa mère est totalement soumise, son frère est déjà ambitieux et ne rêve que d'une chose : l'argent. Augie, lui, se laisse transporter au gré de ses rencontres et de ses connaissances dans des aventures qui l'amènent à escroquer, voler,...Saul Bellow peine dans un premier temps à attirer l'attention du lecteur sur son personnage principal. En fait, on se préoccupe peu du destin d'Augie March. De surcroît, la lecture est assez aride d'autant plus que l'auteur n'hésite pas à multiplier les réflexions philosophiques, littéraires et existentielles : agaçant ! Ce qu'on comprend, c'est qu'Augie n'est jamais maître de son destin mais que ce sont surtout les autres qui décident pour lui : Augie subit lamentablement la vie. Et, subitement, après avoir parcouru une bonne centaine de pages, le récit s'envole, gagne progressivement en puissance, en force de narration : on suit Augie, on partage ses aventures, on vit avec lui et on ne veut plus le lâcher. Augie, après de multiples vicissitudes, partira au Mexique. Dès lors, le lecteur ne peut plus relâcher ce qui devient un chef d'oeuvre, avec des pages sublimes et un livre magistral relatant les aventures d'un jeune garçon qui cherche à façonner lui-même son existence. Magnifique.