Douze longues années séparent la sortie d'
Aerial du précédent album
The Red Shoes. Pendant cette période Kate Bush s'est faite très discrète, laissant filtrer très peu d'informations quant au contenu de l'album à venir et de sa date de sortie, sans cesse repoussée. Mais malgré sa vie plus centrée sur sa famille,
Aerial se développe et mûrit pour sortir enfin en novembre 2005, avec une impatience certaine de la part de la presse et du public et là, il faut bien avouer que la surprise est de taille. Après
The Red Shoes, plutôt décevant, on pouvait s’attendre à un retour vers son univers musical personnel. Mais certainement pas à ce point.
Deux disques constituent
Aerial. Le premier intitulé
« A sea of Honey » regroupe des chansons écrites au cours des dix dernières années, dont seule Kate Bush à le secret. On retrouve avec émerveillement son univers musical intimiste. Comme la célébrité et l'innocence perdue à travers l'Elvis Presley de
« King of the mountain » ou encore la Jeanne d'Arc de
«Joanni ». Plus étonnant est
« Pi », qui projette les chiffres du nombre Pi vu par les yeux d'un mathématicien. A priori austère, cette énumération acquiert sous la baguette magique de Kate Bush une poésie sonore délicate et insoupçonnable. Elle explore de sa voix douce et inimitable la sonorité de chaque nombre, de la presque centaine de décimales constituant ce nombre mystérieusement poétique. Encore plus bouleversant sont sans aucun doute
« Bertie » et
« A coral room ». La première inspirée par son jeune fils atteint une émotion rare et pudique. La simplicité du texte est magnifiquement transcendée par une musique d'inspiration Renaissance. Encore une facette de Kate Bush que l'on ne connaissait pas.
« A coral room », toute aussi délicate, disserte du temps qui passe et de la mort sans sombrer dans une morbide nostalgie. Après l'écoute de ce premier disque, on serait déjà comblé de retrouver enfin Kate Bush, telle qu'on la connaissait, mais le reste à venir ne fera que nous conforter dans le fait que l'attente valait la peine.
Le second disque,
« A sky of honey », est un parcours conceptuel en neuf chansons à travers une journée, du levé au coucher du soleil. Très visuelle, cette partie nous emmène dans une sorte de voyage, de réflexion sur la vie, le temps qui passe. Parsemée d'éléments récurrents tels que les chants d'oiseaux, la mer ou la lumière, tout est prétexte à un émerveillement constant pour nous amener sur le seuil d'évènements à venir, comme nous le rappelle
« Somewhere in between ». Conçu avec des amis de longue date, ou de proches collaborateurs,
Aerial est certainement l'album de Kate Bush le plus ambitieux et le plus réussi. On retrouve Peter Erskine à la batterie, Gary Brooker (Procol Harum) à l'orgue ou encore Dan McIntosh à la guitare, sans oublier évidemment Del Palmer à la basse qui a comme à l'accoutumée assuré l'enregistrement et le mixage de l'album. A noter aussi sur deux titres (
« Prologue » et
« The painter's link ») les arrangements de cordes de Michael Kamen, réalisés peu de temps avant sa disparition.
Musicalement, Kate Bush étonne dans sa capacité à se renouveler.
Aerial regroupe avec une surprenante maîtrise des styles très variés allant de la musique de la Renaissance, au flamenco ou encore la samba. Tout cela minutieusement inséré dans un halo musical entre folk et jazz. On retrouve évidemment des sons plus électroniques mais aussi une musique plus dépouillée où l'on retrouve Kate Bush là où elle nous avait tant manqué : en duo piano-voix (
« Mrs Bartollozzi »). Finalement la pochette du disque résume assez bien cette musique : la forme d'onde d'un chant d'oiseau (un merle) ressemblant aussi à une montagne lointaine se reflétant dans l'océan. Le côté aérien (
« Aerial »), le ciel couleur miel (
« A sky of honey »), les nuages, la mer (
« Coral room ») elle-aussi couleur miel (
« A sea of honey »), la montagne (
« King of the mountain»), le soleil couchant (
« Sunset ») se retrouvent sur chaque disque de l'album.
Aerial fait indéniablement penser à
Hounds of love dans sa manière de présenter deux facettes de sa musique. Mais il semble être allé au-delà et demeure moins sombre, moins tourmenté, plus serein et optimiste, comme si Kate Bush avait trouvé une sorte d'équilibre. Le public ne s'y est d'ailleurs pas trompé,
Aerial s'est rapidement trouvé classé dans les meilleurs ventes d'album à la grande surprise de Kate Bush elle-même.
Eric Seigneur - Copyright 2013 Music Story