Depuis ses débuts avec The Positive Force en 1985, Femi Kuti a multiplié les allers-retours entre le berceau de l'afrobeat qu'est Lagos et les studios de capitales occidentales (l'album précédent
Day By Day a été conçu à Paris). Sa musique a fait de même, s'imprégnant des sonorités urbaines actuelles et mariant le groove nigérian au rap ou à l'electro, comme ce fut le cas pour le récent
Day By Day - Remixed.
Ce nouvel opus du fils spirituel de Fela Anikulapo Kuti se veut un retour aux sources d'un afrobeat aussi festif qu'hypnotique, propre à éveiller les désirs de transe, mais est surtout un album militant, dont les quatorze pistes constituent le recueil le plus engagé de l'artiste. Derrière le souffle rond et chaud du saxophone, les vagues de cuivres, les riffs funky de guitare et la débauche de percussions se cachent des brûlots dressant un terrible constat du monde actuel.
Sous la houlette du producteur Sodi, Femi Kuti enflamme son groove par des slogans sur la corruption (
« Can't Buy Me »,
« Now You See »), les machinations politiques (
« Dem Bobo »), les écarts de richesses (
« Politics in Africa ») et les détournements (
« E No Good »), le gâchis des compétences (
« Bad Government ») ou les attaques personnelles (
« Don't Blame Them »).
Au milieu de cet état des lieux propre à réveiller les consciences figurent deux messages porteurs d'espoir, le plaidoyer pour l'union africaine
« Africa for Africa », et
« Make We Remember », vibrant appel pour ne pas oublier les paroles de Martin Luther King, Lumumba, ou d'un certain Fela Kuti.
Loïc Picaud - Copyright 2012 Music Story