Autant le dire tout net : j'apprécie moyennement Martin Scorsese. Certes, comme chez Quentin Tarantino, je lui reconnais un immense talent de metteur en scène, de réalisateur virtuose, de conteur. Mais comme chez Tarantino, ce qui me gêne, c'est ce goût prononcé pour la violence crue et l'esthétisation de celle-ci, que l'on retrouve dans certaines de ses œuvres, notamment la « trilogie »
Les Affranchis -
Casino -
Les Infiltrés. M'étant préalablement assuré qu' « After Hours » était une comédie non violente, je me suis donc laissé tenter par ce film assez méconnu de sa discographie (tout de même prix de la mise en scène à Cannes). Et je n'ai pas été déçu : c'est un bon film.
Donc « After Hours », c'est l'histoire d'un mec (Griffin Dunne), informaticien dans une banque qui, un soir, rencontre une femme (Rosanna Arquette). Elle lui donne son numéro de téléphone, il l'appelle, elle l'invite à venir chez elle, il y va. A partir de là, il va arriver à notre héros toute une série d'évènements invraisemblables, lors desquels il croisera une galerie de personnages tous plus dérangés les uns que les autres ! Le script, très habile, a ceci de remarquable que ces saynètes et personnages à priori sans lien vont petit à petit parfaitement s'imbriquer, telles les pièces d'un puzzle, pour donner une histoire « cohérente ». Bien qu'il s'agisse d'une comédie, surréaliste par moments, quelques indices laissent deviner que c'est bien Martin Scorsese (qui fait une brève apparition dans une des scènes du night-club) qui se trouve derrière la caméra : thème de la paranoïa, New York la nuit (remember
Taxi Driver), mise en scène évidemment excellente (travellings, plongées, zooms...). Le film est relativement court (1h30) et on ne s'ennuie jamais. Par contre, je ne saurais identifier avec exactitude le « message » qu'il entend délivrer (névroses existentielles, quel sens doit-on donner à sa vie ? Ou la vie = éternel recommencement ?). En ce sens, la fin laisse libre cours à l'interprétation de chacun, ce qui n'est pas plus mal, au fond. Enfin, le (trop court, 20 minutes) making-of nous informe que ce « petit » film, réalisé avec une équipe et un budget resserrés, a redonné confiance à Scorsese et foi en son métier, après une série d'échecs et de difficultés.