Un an après Woodstock,
After The Gold Rush est déjà loin de l'insouciance hippie. La pochette polarisée montre un Neil Young bougon qui croise une vieille dame voûtée, comme une métaphore de la vieille Amérique sourde aux cris de ses enfants. La superbe chanson titre et "Tell Me Why" disent en douceur le désarroi d'un Neil Young qui ne voit pas la paix et l'amour triompher du mal. Mélancolique et généreux à la fois, il passe du baume sur les plaies des gens perdus comme lui ("Don't Let It Bring You Down", "Birds") et les entraîne dans de longues dérives électriques aux guitares rugissantes ("Southern Man", "When You Dance I Can Really Love").
--Hubert Deshouse
Il suffit de demander à n’importe quel admirateur de Neil Young qui a grandi avec sa musique et lui est demeuré fidèle quel est son album préféré parmi sa quarantaine, et il est très probable qu’il vous réponde
After The Gold Rush. S’il est son premier vrai succès commercial, sans atteindre les ventes faramineuses du suivant
Harvest, il contient à lui seul parmi ses plus belles chansons et les plus connues, toutes les onze enthousiasmantes, sans remplissage, cas unique dans toute sa discographie. Il a bien sûr profité de l’engouement suscité par l’album réalisé avec Crosby, Stills & Nash
Déjà Vu sorti six mois plus tôt et succès planétaire.
Le chant est plus doux, parfois une demie-octave plus haute que son registre maximum, qui lui donne un petit air de pré-adolescence qui peut être charmant… ou irritant (
« After The Gold Rush »,
« Don’t Let It Bring You Down »). La guitare sautillante et moins saturée est souvent soutenue par un piano syncopé, et toutes ses mélodies sont absolument imparables. Quant aux textes, leur poésie est permanente, feuilletant des sujets divers, et même déjà l’écologie : sombres et mystérieux, remplis d’images obsédantes.
Quand on sait maintenant que les chansons étaient loin d’être terminées lors de leurs enregistrement, l’album aurait sans doute été encore plus accompli qu’il ne l’est en état ; l’anarchie des harmonies vocales sur l’émouvant
« I Believe In You » aurait sans doute disparu... Et le rythme de valse joué au piano du larmoyant
« Only Love Can Break Your Heart » changé… Les enregistrements « live » postérieurs ont d’ailleurs bénéficié d’arrangements sensiblement différents.
Le morceau le plus connu de l’album est bien sûr
« Southern Man » (inauguré auparavant sur scène avec Crosby, Stills & Nash), sujet à polémique ; un Canadien fustigeant le racisme des états du sud des Etats-Unis n’y a pas été apprécié. Notamment par le groupe Lynyrd Skynyrd (pourtant pas le mieux placé pour contredire son auteur !) qui lui répondit avec le splendide
« Sweet Home Alabama » en 1974. Mais entre gentlemen du Grand Nord et du Sud, tout s’était très vite arrangé aimablement entre les deux opposants…
Jean-Noël Ogouz - Copyright 2012 Music Story