"Agrippine Déconfite" est le titre du 8ème tome des aventures d'Agrippine, célèbre ado décomplexée du porte-monnaie, du string et du vocabulaire. Ses aventures dressent le portrait d'une époque (des années 90 à nos jours) et d'une société (les bobos qui lisent le Nouvel Obs où travaille d'ailleurs l'auteur Claire Brétécher). Ce tome est peut-être un peu moins mordant que d'autres épisodes, mais il a la vertu de raconter une aventure de bout en bout plutôt que de dresser de petits sketches. Et le vocabulaire d'Agrippine est toujours aussi vert, drôle et inventif, un vrai bonheur!
Agrippine n'est pas toute seule et ce tome s'attache à sa famille, toute aussi décapante : l'AGM (non pas l'Ancêtre Génétiquement Modifiée mais l'Arrière Grand Mère) Zonzon, véritable phénomène à elle seule, les parents hippies, le petit frère Biron et ses lubies... J'ai fait la découverte égalemment de la grand-mère, genre grand-mère indigne et moderne comme on rêverait toutes de le devenir.
Les aventures commencent dans un magasin avec Agrippine qui veut se faire offrir des chaussures hors de prix par sa grand-mère pour son anniversaire, chaussures hors de prix parce que à base de "tatou stressé...çà lui hérisse les écailles et c'est plus joli et plus cher". Mais rapidement, on quitte la petite bulle d'égoïsme d'Agrippine et on aborde les rapports entre la famille, et notamment les rapports avec les personnes âgées. En fait, j'ai trouvé que contrairement à ce qu'on pourrait penser, ce tome parle plus des vieux que des ados, et c'est très bien comme çà.
En extrait, voici un petit monologue d'Agrippine résumant bien l'esprit de l'album :"Maman, imagine que t'aimes bien une personne enfin genre t'es raccord avec. Pas la love ni rien mais t'aimes bien la voir c'est juste l'over eurythmie entre vous, même si vous n'avez pas le même âge et subite un jour elle te fait X chier et elle t'énerve à mort et tu veux la tuer. Eske c'est normal?"
Pour ceux qui ne connaissent pas Agrippe, précipitez-vous dessus même si vous n'êtes pas fan de BD: c'est toujours écrit avec talent et un tome d'Agrippine vaut bien un an de lecture des pages "société" du Nouvel Obs ou de tout autre news magazine!