En 1560, une longue file de conquistadores, portant armure et hallebardes, et accompagnés de belles dames en velours et dentelles, descend des Andes et s'aventure en Amazonie. Son but : l'Eldorado. Aguirre, un aventurier illuminé, sanguinaire et fou d'ambition, prend par le crime et l'intrigue la tête de ses compagnons. Il les pousse à rompre avec le Roi d'Espagne pour se lancer en radeau sur un fleuve, rechercher pour leur propre compte le royaume doré où chacun accomplira ses rêves. Poursuivis comme du gibier par des indiens invisibles, ils commencent une longue dérive où ils perdront leurs rêves, leur humanité, leur raison et leur vie.
Face au spectacle des conquistadores franchissant les Andes, ou des radeaux chargés de luxueuses chaises à porteurs et dévalant les rapides d'un fleuve tropical, le choc est d'abord visuel. Cet extraordinaire dépaysement (on ne s'identifie à aucun personnage) fait du spectateur du XXIème siècle le témoin incrédule d'une catastrophe certaine : on sait d'avance que cette quête utopique sera un échec tragique. Mais le plus fascinant est que ces aventuriers portent en eux-mêmes, dès le début, les germes de leur destruction. Ils ont la possibilité consciente (et sage !) de renoncer, mais par cupidité, lâcheté, égoïsme, ambition, ils se laissent séduire par un fou qui les mène à leur perte, préférant s'entretuer plutôt que s'entraider. La dérive de leur radeau, au milieu d'une forêt inondée où ils ne peuvent même plus poser le pied à terre, symbolise leur errance et leur décomposition morales, jusqu'à un final annoncé où se confondent rêve et folie.
Par sa stylisation et sa richesse, ce film est une profonde réflexion universelle sur le libre-arbitre, la morale individuelle et les rapports humains (politiques notamment), jusqu'à son titre même : La « colère de Dieu », surnom auto-attribué d'Aguirre, est-elle un démon tentateur, un ange exterminateur punissant ceux qui massacrent au nom de Dieu, ou simplement un homme qui a trop cru à ses rêves et a voulu plier le monde à sa volonté ?
Le silence, les bruits de la forêt, la musique hypnotique (un instrument imitant la voix humaine a été conçu spécialement), la rareté des dialogues, tissent une atmosphère oppressante et onirique complétant à merveille une réalisation superbement maîtrisée. Klaus Kinsky, en brute hallucinée et titubante rongée par une folie croissante, est extraordinaire.
Un seul bonus sur ce DVD, mais de choix : le commentaire off de Werner Herzog sur la genèse du film et le déroulement (« très physique !...») du tournage.