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Ainsi parlait Zarathoustra [Poche]

Friedrich Nietzsche , Georges-Arthur Goldschmidt
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Descriptions du produit

Présentation de l'éditeur

« Il existe plusieurs traductions de Zarathoustra. Mais deux d'entre elles, parmi les plus diffusées, sont déjà très anciennes : celle d'Henri Albert et celle de Geneviève Bianquis. Elles sont, aujourd'hui encore, souvent reprises, moyennant quelques rectifications (Henri Albert est en Bouquins, Geneviève Bianquis en GF et chez Aubier).
Maurice de Gandillac a donné, dans les années 60, une traduction pour Gallimard, toujours diffusée chez Folio. C'est la plus singulière de toutes, car elle se signale par un parti pris d'archaïsme et de préciosité, visant à souligner, dans ce texte, l'originalité du ton de Nietzsche ; mais justement il me semble que cette ambition est manquée, car Zarathoustra est abrupt et fulgurant bien plus qu'archaïsant ou précieux. Gandillac fait de Nietzsche un contemporain de ce qu'il y a de moins bon dans le symbolisme; j'aimerais mieux qu'on se rappelle qu'il fut contemporain de Rimbaud. Je connais peu de gens qui apprécient vraiment cette traduction; je crois qu'elle est au fond assez peu utilisée dans les milieux philosophiques.
On trouve aussi une traduction de Marthe Robert, chez 10/18. Ou plutôt, on la trouve difficilement, bien qu'elle soit encore disponible. Elle a quelque valeur du point de vue littéraire, mais certaines incongruités philosophiques, sans doute, font qu'elle n'est jamais utilisée ou recommandée; c'est pourquoi sa présence dans le commerce est très limitée. La plus récente de toutes ces traductions est celle de Georges-Arthur Goldschmidt au Livre de poche. Elle date de 1972 à ma connaissance. Elle a remplacé une édition plus ancienne, réalisée dans les années 40 par Maurice Betz (traducteur estimé de Thomas Mann), qui n'est plus en vente depuis longtemps.
L'édition de Goldschmidt est, me semble-t-il, considérée comme la mieux réussie. Mais ce qui caractérise toutes ces traductions, y compris celle-ci, c'est, selon moi, un affaiblissement commun du texte original. J'ai voulu me tenir au plus près du texte allemand, jusque dans sa ponctuation très peu souvent respectée, et j'ai trouvé que cette fidélité était aussi, à mon goût, la meilleure manière de donner l'idée de sa beauté. J'ai recherché partout la formule la plus brève, la plus âpre, la plus proche de l'allemand. Le rapport de ce livre à la Bible est assez évident, dans la forme générale qu'il se donne, dans son style aussi ; aussi j'ai souvent voulu m'inspirer des meilleures versions françaises de celle-ci : je pense par exemple à Jean Grosjean, ou à Claudel et même Rimbaud, qui donnent, à l'opposé de tout catéchisme, l'idée de ce que peut être, en français, la beauté du style évangélique, plein d'ellipses, de fulgurances, de rugosité et de combat.
A la différence de tous les autres traducteurs français, je suis tenté de choisir comme titre Ainsi parla Zarathoustra, et non Ainsi parlait Zarathoustra. C'est souligner le caractère d'événement de l'instant où Zarathoustra prend la parole, plutôt que sa résonance comme doctrine; c'est rappeler que Ainsi parla Zarathoustra est d'abord un voyage dont les discours sont des stations singulières, plutôt qu'un corps de doctrine déjà constitué, qui ne trouverait dans les étapes du voyageur que l'occasion de se dérouler, de se répéter. Le discours de Zarathoustra s'invente dans son voyage. Le passé simple insiste sur l'événementialité de chaque discours, événement surgi en face d'un événement, mais aussi de l'ensemble de tous les discours, comme aventure qui, comme un éclair prolongé, commence et s'achève. L'imparfait laisse entendre que le voyage ne fait que dérouler une doctrine déjà toute inventée. »
Maël Renouard --Ce texte fait référence à lédition Poche .

Description

" Cette oeuvre est complètement à part. Ne parlons pas ici des poètes : peut-être n'y a-t-il jamais rien eu qui soit issu d'une telle surabondance de force. Ma notion du "dionysiaque" s'est faite ici action d'éclat ; comparé à elle, tout autre agir humain apparaît misérable et limité. Qu'un Goethe, qu'un Shakespeare ne sauraient respirer un seul instant dans cette atmosphère de passion et d'altitude, que Dante, auprès de Zarathoustra, ne soit qu'un croyant, et non quelqu'un qui commence par créer la vérité, un esprit qui gouverne le monde, un destin -, que les poètes du Véda soient des prêtres et pas même dignes de dénouer les chaussures de Zarathoustra, voilà qui n'est encore qu'une litote et ne donne aucune idée de la distance, de la solitude azuréenne où vit cette oeuvre " (Nietzsche, Ecce homo, " Pourquoi j'écris de si bons livres "). --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.

Détails sur le produit

  • Poche: 410 pages
  • Editeur : Le Livre de Poche (6 juin 1972)
  • Collection : Classiques
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2253006750
  • ISBN-13: 978-2253006756
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46 internautes sur 49 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Attention à la traduction de Gandillac !, 17 août 2006
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ainsi parlait Zarathoustra (Poche)
"Ainsi parlait Zarathoustra", un livre pour tous et pour personne, est à lire et à relire, à méditer et à ruminer, mais si vous le faites sous la traduction de Gandillac (Gallimard nrf et folio) c'est à vos risques et périls, à moins que vous ne soyez déjà habitué aux emphatiques tournures bibliques des traductions de l'ancien et du nouveau testament. Maurice de Gandillac était un très bon et estimable professeur qui a participé à la formation de nombreux grands philosophes contemporains (Foucault, Deleuze, Althusser, Lyotard, Derrida...), mais dont la traduction de "Ainsi parlait Zarathoustra" a dégouté également de multiples jeunes lecteurs non avertis. Cette traduction est celle d'un érudit et a donc son intérêt, mais personnellement je suis beaucoup plus touché par les traductions de Goldsmith (Le Livre de Poche), de Marthe Robert (Bouquin) ou bien la toute dernière en date de Maël Renouard (Rivages). Si vous voulez lire un bouquin intéressant de Gandillac choississez plutôt si le coeur vous en dit : "Le siècle traversé : souvenirs de neuf décennies".
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69 internautes sur 75 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Sans doute la meilleure traduction du Zarathoustra, 18 mars 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ainsi parlait Zarathoustra (Poche)
Une confrontation des quatre traductions actuellement disponibles sur une phrase difficile du Prologue 3: en allemand: "Wo ist der Wahnsinn, mit dem ihr geimpft werden müsstet?"
C'est traduit excellemment par Goldschmidt (Livre de Poche): "Où est la folie qu'il faudrait vous inoculer?"
Aussi excellent dans la traduction de Gandillac (Folio): "Où est le délire qu'il faudrait vous inoculer?"
La traduction de Bianquis chez GF (comme celle de Renouard chez Rivages) est un contresens car la folie est une valeur positive pour Nietzsche: "Où est la folie contre laquelle il faudra vous faire inoculer?"

Resserrant la comparaision entre de Gandillac et Goldschmidt: celle de Gandillac est difficile à lire car elle tente de rendre l'allemand archaïsant du Zarathoustra par un français encore plus archaïsant à mon avis. La traduction de Goldschmidt est agréable à lire (le français contemporain est plus beau que celui de Bianquis) mais contient deux erreurs manifestes:
Dans le Livre 1, "De l'arbre sur la montagne":
Goldschmidt traduit : "Mais sur mon amour et mon espoir je t'en conjure, ne regrette pas le héros qui est dans ton âme." Mais en allemand c'est "wirf den Helden in deiner Seele nicht weg!" rendu correctement par de Gandillac: "hors de ton âme point ne rejette le héros."
Dans le Livre 4: "De l'homme supérieur, 4":
Goldschmidt traduit: "A du coeur celui qui connaît la crainte, mais la crainte contraint. » En allemand c'est : « Herz hat, wert Furcht kennt, aber Furcht zwingt», rendu correctement par de Gandillac : « A du coeur celui qui connaît la crainte et cependant force la crainte. »

En conclusion, je pense que la traduction la plus élégante et lisible est celle de Goldschmidt, mais celle de Gandillac avec sa précision et ses notes de variantes textuelles représente un complément quasi indispensable.
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20 internautes sur 23 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un prophète de l'homme, 15 mars 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ainsi parlait Zarathoustra (Poche)
Il s'agit indubitablement de l'ouvrage de Nietzsche qui m'a jusqu'à présent le plus enthousiasmé. La forme en particulier est magnifique: une sorte d'anti-évangile, un écrit messianique porté par une plume alerte et forte qui stimule l'intellect et pousse à penser au-delà des mots. Ma prof de philo d'Hypokhâgne avait raison de dire que Nietzsche était un poète. Mais dans sa bouche, c'était plutôt péjoratif. Sous ma plume (mon clavier plutôt), c'est plus qu'un compliment. Car en usant de cette forme libre, Nietzsche peut se permettre de suggérer avec force, et surtout de pousser le lecteur à penser hors des cadres.
Les idées fortes de cet ouvrage sont finalement relativement simples, et très différentes des nombreux contresens qui ont terni l'image de Nietzsche. Le surhomme n'est pas un superman doté de super-pouvoirs, et il n'est pas au service d'un dessein hégelien de domination du monde. C'est un objectif, un dépassement de l'homme actuel, de ses peurs, de ses mesquineries, mais c'est un cheminement difficile, de long terme. Il faut être dur mais sans bassesse, aimer les hommes sans pitié, être profond avec légèreté, etc. Autant de contradictions difficiles.
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