"Aujourd'hui, ma plus grande satisfaction serait de voir de très nombreux auditeurs conquis par la magie d'Albeniz", nous dit ce toujours excellent pianiste dans le livret. C'est gentil jeune homme de débarquer comme ça avec vos chaussures de randonnée (car on nous dit aussi que vous avez voyagé TOUT SEUL à travers l'Espagne, prodigieux!), mais on ne vous a pas attendu : rien qu'en CD, moi qui suis fou de cette oeuvre (comme Messiaen, qui en préfaçait la pochette microsillon originelle de la version Hispavox-EMI de notre chère et regrettée Alicia de Larrocha, toujours évidemment la référence indétrônable), j'en ai bien... vingt ou trente versions dans ma discothèque, dont certaines remontent pratiquement au début du disque compact! Cela dit, je conviens que cette version Fukuma (pianiste que j'adore, allez écouter aussi ses Debussy sur Youtube, outre le CD aussi qu'il en a fait) est très bonne et je lui aurais bien donné jusqu'à quatre étoiles si...
... Si, la niaiserie absolue ayant encore frappé avec ce label, et devenant même décidément très tendance, il n'y avait pas aussi la prise de son! Car nous devons bien juger en l'occurrence d'un enregistrement et non d'un concert. Et ici, justement, un truc lamentable, cette manie (elle fait des ravages) de faire commencer un morceau anormalement bas (Evocacion, El Albaicin...), puis de pousser soudain le bouton de volume de la table de mixage sur la première minute afin de donner artificiellemment de l'ampleur (comme on le ferait d'un triturage style Pink Floyd!), sans rapport du tout avec ce que fait l'interprète (Fukuma a-t-il vraiment approuvé ça?). Massacre, crétinerie absolue de disc-jockey trop inculte pour ne pas donner dans l'absolu himalayesque de l'antimusical (il n'y a plus de directeurs artistiques, ni même d'ingénieurs du son dignes de ce nom).
Enfin, Iberia étant réparti ici sur 2 CD, il reste quasiment une heure et demie de libre, et on aurait pu faire l'effort de nous donner en conséquence un peu de complément, comme déjà le génial et trop méconnu La Vega (voire aussi du de Falla ou, carrément, les Goyescas de Granados, non?). P.S. A propos d'excellents mais trop peu connus pianistes japonais, il y a aussi - d'une génération un peu antérieure - Takayuki Ito, lui aussi remarquable dans Debussy.