« Belle du Seigneur » est l'histoire d'une passion entre Solal et Ariane d'Auble : une passion flamboyante et dévorante qui peu à peu détruit les deux amants.
Le récit se déroule en Europe durant l'Entre-deux-guerres ; Ariane d'Auble, jeune et futile aristocrate froufroutante est une sentimentale idiote qui a épousé Adrien Deume, un bourgeois de petite envergure, obnubilé par des stratégies d'ascension sociale. Un jour, lors d'une réception, Solal découvre la belle Ariane et en tombe follement amoureux. Or Solal (brillant, jeune, beau, mystérieux et ténébreux), originaire d'une famille juive d'une petite île de Céphalonie, a connu une ascension sociale fulgurante. Au moment où se déroule ce récit, il est sous-secrétaire général de la Société des Nations et par conséquent chef du responsable hiérarchique d'Adrien Deume.
Las des conquêtes faciles, rêvant de réaliser son désir d'amour pur d'être aimé pour son âme et non pour son corps, Solal se déguise en vieillard édenté et s'introduit par effraction dans la maison d'Ariane. Il lui déclare sa flamme ; Ariane le repousse. Alors, Solal se résigne à utiliser les habituelles «babouineries» du mâle dominant pour séduire sa belle : utilisant sa position hiérarchique supérieure, il envoie Adrien Deume en mission pendant trois mois ; et lors d'une rencontre avec Ariane, il pavane sa virilité, sa beauté, son prestige et son intelligence. Et cette fois bien sûr, charmée comme toutes les autres conquêtes précédentes, Ariane cède. Les amants vivent une intense passion.
Mais, comme dans une comédie de boulevard, le mari rentre de mission plus tôt que prévu. Solal enlève Ariane grâce à la complicité de ses cousins et les deux amants s'installent dans un luxueux hôtel sur la Côte d'Azur. La comédie tourne désormais au drame : Adrien, effondré tente de se suicider et les amants sont contraints de vivre une vie de paria, d'autant plus que Solal a perdu toute existence sociale puisqu'il a été destitué de son poste prestigieux à la Société des Nations ainsi que de la nationalité française à la suite d'une intervention pour la défense des juifs allemands persécutés.
L'exaltation de la passion première s'étiole dans ce huis clos; l'amour se réduit peu à peu a des gestes routiniers. Afin de combattre l'ennui qui s'installe inexorablement, Solal crée de toutes pièces des scènes de jalousies qui au fil du temps deviendront de plus en plus violentes et folles, jusqu'au geste fou, désespéré et final...
On sort de cette lecture stupéfait, abasourdi, épuisé et sonné devant tant de monstruosité indigeste mais sublime. A la fin de ce livre, j'ai été incapable de lire un autre roman en langue française pendant deux mois.
Pour finir sur une note plus légère, les pages du chapitre IV, décrivant la mentalité, les manigances et les misérables calculs des "petits" fonctionnaires internationaux sont à méditer par tout contribuable averti. Je suis étonnée que ce livre ait jamais vu le jour et qu'il continue à être publié : il y aurait en effet de quoi (enfin?) allerter le "petit" peuple qui pourrait demander des comptes tellement le texte semble criant de vérité.