Rendons justice à Tomaso Albinoni et cessons de le comparer à son compatriote et contemporain Vivaldi, le grand et génial Vivaldi, pour en faire un parent pauvre. Albinoni est sans doute moins fougueux, moins original, mais son art très élaboré et très subtil se traduit par l'élégance parfaite, un peu formelle, de ces remarquables concertos.
En ce premier quart du XVIIIème siècle, la verve baroque a peut-être commencé à perdre de sa force, mais sous une forme domestiquée l'expression d'Albinoni reste puissante; nous sommes encore loin de l'écriture de partitions au kilomètre comme le pratiqueront les musiciens, souvent talentueux, des cours allemandes un peu plus tard (ce qui fait ressortir par contraste le génie d'un Bach ou d'un Haendel). On peut d'ailleurs faire un parallèle entre l'évolution de la musique et celle des arts décoratifs: le style régence conserve la puissance du grand siècle en la rendant plus aimable. C'est plus tard, vers le milieu du siècle, que les formules seront davantage stéréotypées, d'aimables deviendront mièvres (et que, comme disent certains, les peintres ne feront plus que des dessus de porte).
En 1722 nous n'en sommes pas là. Albinoni fait partie des grands. Cette interprètation sur instruments anciens dirigée par Christopher Hogwood (et non Hedgehog) est excellente.