Dans ce livre extrêmement violent, la vie du déclamateur Caius Albucius Silus sert d'ancre pour déterrer des fragments de romans, de nouvelles ou de déclamations perdus ou oubliés, qui jettent une lumière bien sombre sur la vie quotidienne à Rome sous le premier empire, avec ses cruautés, ses barbaries, ses perversions, ses affaires scabreuses, ses batailles judiciaires et sa corruption omniprésente.
Pascal Quignard le résume ainsi : `La guerre civile, le parricide, l'infanticide, le fratricide sont des fléaux des dieux et des hasards. La guerre nous distingue des bêtes. C'est pour l'or, le ventre de quelques femmes, le front de quelques hommes, les temples de quelques dieux, que tout ce butin s'amasse dans le sang qui ne sèche pas. La richesse a corrompu. La gloire aussi. La beauté aussi a corrompu. La pitié aussi a corrompu.'
Quelques exemples de sujets des fragments:
La mutilation de bébés nouveau-nés pour en faire des mendiants;
La lutte sanglante entre un pere et son fils pour une place de commandant;
Une femme violée veut se marier avec son violeur;
Sont toutes les vestales des vierges?
Est-ce qu'un prêtre, devenu aveugle en éteignant un feu dans son temple, peut continuer à exercer son métier?
Les deux mains du sculpteur Phidias ont été coupées parce qu'il aurait volé de l'or dans un temple. Est-ce que les Eléates doivent payer une rançon pour ce crime?
Doit un esclave qui refuse d'exécuter l'ordre de son maître (le tuer) être tué à sa place?
Ce livre donne une image terriblement cruelle du premier grand empire de longue durée dans l'histoire de l'Occident. Un empire précurseur, un présage des barbaries sanglantes à venir? Sans le moindre doute.
Hautement recommandé, mais pas aux cardiaques.