Comment parler d'Apollinaire ? Plutôt que de l'expliquer, une expérience personnelle : je m'occupais un temps d'enfance dite inadaptée. Cette expérience se termina dans une SES (section d'éducation spécialisée) J'avais deux directrices. Une, pédagogique, qui aurait pu faire des commentaires sur mon travail et qui n'en faisait pas. Une, administrative, qui n'avait rien à faire dans ma classe mais qui s'y trouvant un jour me dit en gros, je résume sa pensée « Que peuvent comprendre vos débiles à ce qu'ils récitent ? » Bien sûr la règle de trois était leur quête du Graal et ils faisaient autant de fautes que Napoléon. Je répondis à cette carne à prétentions pédagogiques que mes élèves avaient entre 14,15 et 16 ans et qu'ils pouvaient aimer : « Sous le pont Mirabeau coule la Seine... »
Un quart de siècle plus tard, un grand gaillard que je ne reconnus pas m'aborda pour m'apprendre qu'il avait été mon élève. C'était aux environs du 26 août, anniversaire d'Apollinaire et du mien. J'évoquai ce fait pour excuser les défaillances de ma mémoire. Et le gaillard de s'écrier : Apollinaire ah ! Sous le pont Mirabeau coule la Seine.. Je l'aurais embrassé. Et Rimbaud demandais-je ? On n'est pas sérieux quand on a 17 ans.. J'eusse aimé que du fond de sa tombe, ou de son mépris si elle vit encore, que cette vieille carne administrative entende mon soi-disant inadapté réciter Rimbaud et Apollinaire. Question : sur dix candidats au bac, y a-t-il plus d'un élève pour réciter un vers de ces deux-là ? Pour comprendre et aimer Apollinaire, lisez-le. « Enfant je t'ai donné ce que j'avais Travaille »