L'enregistrement de cet auto-pastiche de Haendel, composé d'airs déjà utilisés mais peu connus et de qualité très homogène, se justifiait pleinement, car le livret offre des affects variés (conflits de générations venant croiser les habituels affrontements amoureux), et le plateau réuni par George Petrou est sans aucun défaut.
Une bonne idée a été de confier le rôle de Giulia, la mère abusive, à celle des deux mezzos qui a le timbre le plus viril, Kristina Hammarström, et celui d'Alessandro, le fils soumis, à celle qui a la voix la plus légère, Mary-Ellen Nesi : toutes deux sont excellentes, comme d'habitude, notamment dans leurs vocalises ("Lo sdegno del mio cor" I.3, "Si faro" I.13, "Salda quercia" II.10 et "Con l'ali di costanza" III.10).
Deux chanteurs se montrent encore plus convaincants que dans les précédents enregistrements de Petrou, "Arianna" et "Giulio Cesare" : la contralto Irini Karaianni (Albina) ainsi que Petros Magoulas (Marziano) qui se révèle comme l'une des meilleures basses du moment.
Enfin, des deux soprani, Marita Solberg (Salustia) séduit davantage par la fraîcheur du timbre, mais Gemma Bertagnolli (Claudio) fait preuve d'un métier plus que solide.
La direction de Petrou est très vivante - à peine peut-on discuter, comme dans son "Giulio Cesare", quelques cadences assez lourdes dont le style vériste détonne -, et la prise de son est très naturelle.
Un seul regret : l'absence de synopsis pour compenser l'absence de traduction française du livret.
Cet "Alessandro Severo" est donc une découverte passionnante.