Ce double-DVD ultime comporte les deux versions du film en blu-ray : La version cinéma d'origine sur un disque, le director's cut allongé de plus de 30 minutes sur l'autre, accompagné pour l'occasion d'un documentaire de 76 mn (Alexandre selon Oliver Stone).
La version longue, nommée "Alexandre Revisited", ne propose pas de piste française mais uniquement la version originale sous-titrée en français.
La qualité blu-ray est bien présente. Le début déçoit un peu, car il n'y a pas, comme dans la plus-part des films visionnés en blu-ray, ce fameux "piqué" qui fait ressortir les pores de la peau. Pourtant, la suite finit par nous convaincre : L'image est splendide et fait honneur aux textiles des costumes, aux décors, à la profondeur de champ des sublimes panoramiques et des merveilleuses vues sur Alexandrie et Babylone et apporte aux batailles une lisibilité bien meilleure que sur le support classique. Un "must-have", donc.
Le film en ressort grandi à tout point de vue. La version director's cut -"Alexandre Revisited"- est un grand moment de cinéma, une claque monumentale, définitivement supérieure à la version antérieure. Le métrage n'a pas simplement été allongé. Il a été entièrement remonté et entremêle désormais le passé, le présent et le futur de l'intrigue dans un désordre qui apporte au récit toute la densité et l'épaisseur qui pouvaient jadis lui faire défaut. Le principe du "flashback" est utilisé à son potentiel maximal et ne dessert jamais l'intrigue principale. Au contraire, l'ensemble finit par former un tout ultra-cohérent et ces bonds dans le temps compensent le manque de rythme d'un film par ailleurs très bavard.
Comparer les deux versions nous fait prendre conscience du gouffre béant qui peut -souvent- séparer la vision du réalisateur du résultat imposé par la production. Si le film, dans sa version cinéma, était relativement décevant et bourré de scories, il est à présent exceptionnel et termine son voyage auprès des grands péplums de l'histoire du cinéma.
Prenez conscience qu'il ne plaira pas à tout le monde, car il est conçu avec un véritable point de vue. Il s'agit d'une œuvre d'auteur au sens artistique du terme, avec ses zones d'ombre et ses parti-pris (ses fameux grecs montrés comme des jeunes et beaux éphèbes -vous avez dit statues ?-, ses libertés prises avec l'histoire et ses paraboles animales). La mise en scène est par ailleurs tellement esthétisante qu'elle peut agacer, mais d'un autre côté cite toute l'histoire du péplum au cinéma, avec danses exotiques à l'appui ! Les rares moments d'action, c'est-à-dire les deux batailles, sont à présent perçus comme une expérience traumatisante de fulgurance barbare et cathartique, puisqu'ils sont rendus encore plus percutants, par contraste avec la sensation contemplative de l'ensemble.
La durée du nouveau montage peut d'ailleurs rebuter (3H33 !), surtout qu'elle renforce le côté lent et bavard que le film possédait déjà dans sa première version. Mais c'est oublier que les grands chefs d'œuvre du genre étaient également très longs (
Les Dix commandements et
Ben-Hur dépassaient les 3H40 !), histoire de mériter leur rang de grande fresque historique.
Mon avis sur la question vaut ce qu'il vaut, mais "Alexandre Revisited" est pour moi un chef d'œuvre lyrique d'une beauté formelle, d'une profondeur et d'une intensité sans pareille. Un voyage au bout du monde et aux tréfonds de l'âme humaine. Un opéra sensuel et sanglant. Une méditation moderne sur les rapports de la chair à l'esprit. La mise en scène viscérale d'Oliver Stone fait corps avec son sujet à force de mêler l'histoire et la mythologie, le drame humain et la légende, les affres du pouvoir et les ravages de l'héritage et du complexe d'Oedipe, le tout enveloppé d'une liberté de ton toute contemporaine, voire postmoderne (sensation renforcée par la musique de Vangelis, aux frontières du classique et de l'électronique), terminant le film en nous avouant, par la bouche de Ptolémée (Anthony Hopkins, le narrateur), que tout ceci n'est, bien sûr, qu'une interprétation...