Composés pour le clavier seul, les Concertos Italiens de Bach sont des transcriptions de concertos de Vivaldi, des frères Marcello, ainsi que d'autres compositeurs italiens dont certains demeurent encore anonymes. Seul le Concerto Italien en fa majeur (BWV 971) est composé par Bach lui-même, au retour d'un voyage qui l'aurait conduit jusqu'en Italie. L'œuvre publiée dans un recueil de 1735, porte le titre de "Concerto dans le goût Italien".
Le nouveau-né de la discographie d'Alexandre Tharaud nous livre une sélection de ces concertos, dans une chronologie qui n'est pas celle de leurs opus respectifs, mais celle plus subtile d'une scénographie de leur succession ; un récital en quelque sorte. Ainsi, cet enregistrement s'apprécie autant pour les œuvres individuelles qu'il contient, que pour le fabuleux voyage que constitue la composition d'ensemble de leur agencement. A remarquer, la toute dernière note (grave) de l'Andante en si mineur, qui sonne sans appel la fin du programme.
Mon seul regret concerne le graphisme de la pochette, qui explore une conception de l'esthétique trop éculée, sinon obsolète, et en tout cas, en désaccord avec le contenu. Du reste, quand même les éloges du pianiste français ne seraient plus à faire, on ne peut s'empêcher d'apprécier le travail d'orfèvre qui fonde chacun de ses nouveaux enregistrements.
Si à l'instar des sonates de Scarlatti, ce répertoire chatoyant et particulièrement ensoleillé libère le recours aux trilles et autres ornements, (Allegro du concerto en ré mineur, BWV 974), l'usage qu'en fait Alexandre Tharaud ne sombre jamais dans l'excès, et encore moins dans la vulgarité. Ici, de bout en bout, le piano chante avec un sourire esquissé - le sourire d'un bonheur sincère, profond, (Aria de la Pastorale en ut mineur), de ceux qui jamais ne glissent vers les éclats de rire. Une véritable leçon de rigueur et d'honnêteté pour plus d'une génération d'interprètes !
Aussi, Alexandre Tharaud explore les contrastes de ces oeuvres dans un dosage entre forte et piani, entre main gauche et main droite, de telle sorte que sous ses doigts, les transcriptions continuent de porter en elles la mémoire de leurs versions de chambre, et notamment celle des frontières entre instrument soliste et tutti, (concerto en sol majeur, BWV 973). Ainsi, en en jouant les transcriptions, les originaux semblent si bien encrés dans l'esprit du pianiste, qu'il parvient à nous transmettre, depuis son seul clavier, les couleurs et le parfum de leur résurrection.
En cela, j'ose penser que cet enregistrement est sans doute l'un des plus beaux CD de piano qu'il m'ait été donné d'entendre, peut-être pas depuis Haskil et Kempff, mais depuis longtemps en tout cas. Alexandre Tharaud, une fois de plus, merci.