L'appellation « concerto grosso » évoque immanquablement la période baroque où il fut inventé : contrairement au concerto de soliste, il s'agissait alors d'opposer plusieurs solistes à un ensemble instrumental. L'idée est reprise par Schnittke en 1976/77 en écrivant deux parties solistes pour violons et orchestre à cordes agrémenté ici par deux pianos, dont un « préparé » et un clavecin. Les 6 parties sont composées d'un prélude et d'un postlude encadrant une toccata, un récitatif, une cadence et un rondo. Encore une fois, les titres trompent : il s'agit bien de musique moderne où la fusion des styles chère à l'auteur fait merveille dans certaines parties. Les 6 mouvements se suivent sans interruption. Le piano préparé intervient surtout dans le I et le Finale où sa sonorité étrange est combinée aux notes graves de l'autre piano. La Toccata, faussement ancienne, est perçue à travers le prisme de la modernité. Les III et suivant font la part belle aux violons, très virtuoses par moments. J'attirerai plus particulièrement l'auditeur sur le Rondo : extraordinaire mélange de style, il bascule à 2'40 vers un tango rythmé au clavecin très étonnant ! Le livret précise que ce premier concerto grosso contient des auto-citations de musiques de films sur lesquelles Schnittke travailla. Il est dédié à G. Kremer.
Je passerai rapidement sur le concerto pour hautbois, harpe et cordes (1971) - commande du couple Holliger - qui pour moi n'a aucun intérêt auditif, se bornant à une hystérie de notes disjointes au hautbois sans continuité mélodique. Crispant et disparate.
Plus intéressant mais plus « classique » aussi, le concerto pour piano et orchestre à cordes (1979), en un seul mouvement, contient lui beaucoup plus de séductions sonores, mélange réussi de moyens stylistique anciens et nouveaux (on entend aux cordes un choral orthodoxe, par exemple). La direction incisive, narrative et assez rapide de Lev Markiz créé une ambiance intéressante et un bon équilibre avec le soliste, toujours aussi à l'aise dans cette musique.
Livret français.