Ce film de Tim Burton est à la fois un condensé des deux livres de Lewis Carroll (Alice au Pays des Merveilles et De l'autre côté du miroir) et une nouvelle aventure d'Alice. Le ton du film est à mi-chemin entre l'univers bien connu de Tim Burton et celui, poétique et malicieux, de l'écrivain. Johnny Depp est remarquable, mais il ne devrait pas faire oublier Helena Bonham Carter dans sa performance de méchante reine déjantée, Anne Hathaway, au jeu subtil et drôle, et surtout Mia Wasikowska, la vraie révélation du film, parfaite dans le rôle d'Alice, tour à tour impertinente, touchante, déterminée, toujours avec la même grâce.
L'extrême qualité technique du film n'enlève rien à la poésie qui s'en dégage : tous les animaux parlants (lapin, loir, chenilles, chiens, chevaux...) ont les travers et les réactions d'humains, ce qui les rend drôles et attachants. Les couleurs sont superbes, les décors très soignés, la mise en scène précise et juste. Il ne faut pas chercher dans ce film un univers noir à la Sleepy Hollow (que j'ai beaucoup aimé) : il s'agit d'Alice, et pas d'une histoire de morts-vivants.
Il faut avoir gardé son âme d'enfant pour apprécier totalement ce film, parce que la morale ultime de cette histoire est la suivante : il faut croire en ses rêves, rester fidèle à soi-même et aller au bout de ses envies, même si elles semblent puériles ou folles aux gens "raisonnables". Le mérite de Tim Burton est aussi d'avoir bien exprimé l'impertinence et la liberté d'Alice vis-à-vis de ces gens conventionnels et "normés".