L'odyssée d'Alix commence à Khorsabad, capitale Assyrienne. Ses aventures se déroulent dans les années où, Crassus étant mort, Pompée et César restent face à face et vont se disputer le pouvoir (53 av. JC). La guerre civile va commencer.
L'auteur, né en 1921, n'a pas trouvé immédiatement son style graphique qui évoluera au cours des années avant de devenir définitif. Non seulement il en changera mais aussi la composition des récits et leur contenu. Les thèmes forts fréquemment rencontrés - la conquête, l'exercice et l'abus du pouvoir, le fanatisme, le rattachement à un clan, le colonialisme, l'esclavage, les rapports dominant/dominé, l'ambiguïté sexuelle, le goût du risque, le merveilleux, l'amitié et la fraternité - ne font pas pourtant de Jacques Martin un auteur à message. Il n'est pas non plus partisan du « happy end » car ses récits constamment dramatiques ne comportent pas d'humour. Martin croit à la fatalité et à l'enchaînement inévitable des événements. Il est à l'image de son héros : Alix ne triomphe pas de toutes les situations ; faillible, il se laisse prendre aux pièges, s'en tire souvent par la fuite ou grâce à une aide extérieure. Ni anti-héros ni super héros, simplement être humain, Alix s'emporte parfois mais sais aussi la valeur de la tolérance, de la générosité, de la sensibilité. Il a horreur de la violence (il épargne souvent ses ennemis) mais sait se battre.
Au niveau du découpage, chaque planche comprend 4 bandes de 3 ou 4 images au début, puis évoluera vers une formule plus souple de 3 bandes avec un minimum de 7 à 9 images par planche. Le récit découpe l'histoire en séquences de 6 à 10 pages avec des charnières entre chaque. La travail sur les formes, dû à une très importante recherche documentaire, est minutieux : décors et perspective, anatomie, découpage, mise en page, couleurs (variantes au sein d'un même album). La symbolique des couleurs reste traditionnelle : bleu pour les nocturnes, vert pour le mysticisme et le fantastique, rouge pour la violence.
On peut différencier quatre grandes périodes : la première pour les volumes 1 à 3 ; la seconde de la Tiare d'Oribal à Iorix le grand (l'âge d'or) ; la troisième du Prince du Nil au Cheval de Troie (le classicisme) ; la quatrième pour les derniers albums (la relève), Jacques Martin, atteint d'une maladie des yeux, ayant passé la main à des collaborateurs. Nous étudierons chronologiquement les aventures d'Alix car celles-ci ont une suite logique.
Selon l'auteur, le Spectre de Carthage (1976) serait un hommage au Salammbô de Flaubert grâce à de discrètes allusions (le manteau miraculeux par exemple). Il y évoquera à nouveau le culte de Moloch et le mage Rafa à travers son frère, Eschoum. Mis à part le chien fidèle de celui-ci et l'aigle-métamorphose du cauchemar d'Alix (encore un !), le bestiaire ne joue réellement aucun rôle important. Tous les autres grands thèmes récurrents sont présents : la chute (des hommes, des pierres, du feu du ciel, de l'orichalque), le sous-terrain refuge, le haut et la bas, le secret. Mais c'est le fantastique qui y tient la plus grande part : fantastique de la substance mystérieuse de l'orichalque dont seul Platon ait parlé, fantastique des sorties nocturnes au milieu des ruines, fantastique des apparitions du spectre. Dernier album du « cycle romanesque », un lien d'amour y unit Samthô à Alix dans une scène évoquant un projet sentimental (p.22). L'histoire comporte également cinq flash-back. Elle se passe à la fois dans l'ancienne et la nouvelle Carthage ce qui permet à Jacques Martin de dessiner de belles reconstitutions : première case, intérieur du palais du gouverneur et pp4 C2, 5 B1, 14 A2, 29 B1, 37 B1, 38 C1. Désormais, la série élargira son champ d'action géographique (Babylone, la Chine, une île déserte) et ses thèmes (l'état de nature, l'ambiguïté sexuelle, l'attente...)