Que dire ...? D'abord soyons bon et juste, le bon point : le dessin des dernières pages est enfin digne d'une série comme Alix. Bien que les chevaux ne semblent pas très convaincants, ni les bateaux d'ailleurs.
Pour le reste, quelle déception ! Si je prends la plume -- je n'ai jamais écrit ici -- c'est dans l'espoir que la reprise d'Alix s'améliore, mais il y a encore vraiment beaucoup à faire. Mais les commentaires des abonnés de ce forum parviendront-ils à Jacques Martin et aux éditions Casterman ?
On passera rapidement sur le dessin de la première partie qui n'est pas à mon goût. On a déjà relevé son aspect statique. Mais comparons la Griffe noire et à Cétait Khorsabad : 48 pages dans le dernier album, 64 pages dans le classique. Et quon ne me dise pas que ce nest plus possible : la reprise de Blake et Mortimer se fait sur 64 pages. Une moyenne de 7 cases par page dans le dernier album, une moyenne de 11 à 12 cases par page dans la Griffe noire. Trop de gros plans dans le petit dernier. Des couleurs délavées dans les dernières pages de Cétait Khorsabad, des couleurs franches et claires dans la Griffe noire.
Ce manque de pages et de cases ne permet pas le développement dune histoire intéressante, bien structurée, avec des rebondissements crédibles.
Au lieu de quoi, on assiste à des scénarios assez enfantins, à un Arbacès fantoche, à un Scevolla à la psychologie mal dégrossie, à des coups de théâtres téléphonés et souvent peu crédibles (la jeune Chinoise (!?!) perdue en haute Mésopotamie qui séprend subitement dEnak et qui se sacrifiera pour éteindre un feu quelques pages plus loin, Claudius devenu aveugle qui malgré sa cécité va délivrer Alix quelques pages plus loin, un Énak quinexplicablement on allait laisser en otage, etc.). Intrigue dont on semble essayer de compenser les puérilités par quelques filles aux seins nus qui feraient public adulte. Ça devient lassant, mieux vaut une bonne intrigue à la Griffe noire sans jeunes filles aux seins nus (et même sans jeunes hommes complètement nus au saut du lit, autre nouveauté inutile des derniers albums). Et puis, Alix qui semble venir chercher les traces de sa s½ur en Orient nen ramène quun compagnon derrance devenu aveugle, compagnon qui ne semble être placé là que pour servir à un seul rebondissement. Désolé, la mayonnaise na pas pris, je nai à aucun moment cru en lintrigue ni pensé que la mission échouerait, ni mêtre exclamé devant lingéniosité des procédés utilisés pour parvenir à accomplir cette mission.
Ne parlons, même pas du nouveau de langue qui semble trahir son manque détudes classiques : « Sa richesse est réellement incroyable », mon fils de 12 ans écrit comme cela. Évitez le verbe être, plutôt mettre « inouïe ». Étrange évocation multiple de lAnatolie comme province romaine. Cest un anachronisme : Anatolê (génitif anatoles) ne désigne que le Levant en latin [cf. Gaffiot], pas lAsie mineure, enfin il ny a pas de province de ce nom en Asie mineure à lépoque dAlix. Les provinces étaient la Cilicie, la Lycie et Pamphilie, lAsie, la Galatie (mais dans les terres), la Cappadoce (idem), la Bithynie et Pont (du côté du Pont Euxin). Cela crée une impression de travail bâclé, damateurisme.
Notons aussi la mode moderne des « sh » anglais pour écrire la chuintante dans les mots exotiques (je ne pense pas que ce soit le cas dans la Tiare dOribal ou Alix lintrépide), on était plus cultivé et moins anglomane.