Critique
Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il faut la suivre. Dans ses pérégrinations tout d’abord, de la Californie (où elle naquit) à l’Europe (où elle réside désormais), en passant par Seattle (où le grunge lui fut offert, comme à beaucoup de sa génération). Mais la chanteuse Brisa Roché ajoute à cette bougeotte régénératrice une considérable évolution artistique, passant du lounge jazz salué dans la presse d’ici (The Chase en 2005) au plus folk Takes (2008). Troisième station esthétique de la dame, All Right Now (aucun rapport avec le classique de Free) la voit donc céder aux ivresses coupables de l’électricité, et du rock.
L’album a été initié en compagnie d’un groupe, un vrai, de ces combos qui se soudent dans les difficultés inhérentes aux tournées, et aux répétitions au long cours (en l’occurrence dans l’atelier d’art de la mère de la chanteuse, surréaliste tipi alimenté à l’énergie solaire). L’enregistrement s’est, quant à lui, déroulé dans une église désaffectée, dans laquelle Henry Hirsch (mixeur extravagant de la réédition anniversaire du Let Love Rule de Lenny Kravitz) a installé ses consoles, câblages et autres boîtes d’effets. Le reste appartient à la personnalité légèrement baroque de cette diva de l’ombre, qui n’hésite pas à poser en icône biker, mais ouvre son disque par une chanson rampante inspirée du blues poisseux du Delta du Mississippi (« Stone Trade »), et ne résiste pas au plaisir pervers de le poursuivre sur un rythme facile qui n’est pas sans rappeler Deborah Harry (« Penetrate »). On battra plus loin le rappel d’un déhanchement à la Talking Heads (« Sweat King »), de la mélancolie d’une ballade dénudée (« Hard As Love »), ou de l’emphase d’élans roboratifs (« Open Your Lock »). Quatorze chansons courtes comme des refrains de radio, aussi protéiformes que les multiples facettes de l’artiste qui les interprète, déclinent la carte du tendre et de la fièvre, d’un simple clin d’œil (le décompte en français réitéré dans « Do What You Can Do ») à une authentique émotion (« Past Contemplative »).
All Right Now a été ardemment voulu par Brisa Roché (qui l’a auto-produit) : on peut raisonnablement en déduire qu’il reste son album le plus personnel. Et le plus talentueux, avec sa tentative sensuelle d’établir un improbable chaînon manquant entre Björk et Janis Joplin.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story
Description du produit
Découverte en 2005 avec le cinématographique «The Chase» sur le prestigieux label Blue Note (2004, plus de 18000 albums vendus en France) suivi du psyché-pop « Takes » chez Discograph (2008), Brisa Roché nous revient avec un troisième album résolument plus pop-rock. « All Right Now » exprime une mystique naturelle, ludique, excitée et très imaginative autour de laquelle l'énigmatique diva Brisa Roché se situe entre Janis Joplin et Blondie.