Critique
Cela ne va pas être facile. On n’est pas là pour plaindre Adam Young, chanteur, compositeur, multi-instrumentiste, producteur, et cheville ouvrière d’Owl City, mais donner une suite à Ocean Eyes, album certifié à plusieurs reprises disque de platine, ne va pas être facile. D’autant que l’on pourra compter sur l’entreprise multinationale qui l’emploie désormais pour le lui rappeler.
On a donc choisi la date de sortie de ce troisième opus afin qu’elle soit en parfaite conjonction avec l’été, saison merveilleuse propice aux promenades romantiques sur la jetée, et synonyme d’incoercible montée de sève, lorsque la jeune fille abandonne enfin son dessous de ceinture. Pour autant, et si l’on excepte l’assez curieux « Alligator Sky », premier single du programme, et objet sonore non identifié initié par un approximatif hurlement de loup-garou, et piochant par la suite dans un rap pour jeunes gens de bonne famille (Shawn Chrystopher est passé par-là), donc passablement hors sujet, les douze autres chansons de la session déclinent – continuité sans changement – une désormais balisée electro extrêmement infléchie par des acquis pop.
Tout au plus, relèvera t’on distraitement ici ou là quelques résurgences de rock un tant soit peu plus charnu. Le résultat est frais (comme un fromage blanc à 0% de matière grasse) et à peu près aussi anodin que de la musique au mètre : Young fonctionne suivant des canons de compositions et d’arrangements archétypaux (utilisation raisonnée des claviers et autres cordes synthétisées, vocaux pâles et arachnéens, montée à la tierce en ultime refrain pour créer l’illusion de la diversité), et produit – semble t’il jusqu’à la fin des temps – de ces mélodies qui ne servent à rien, mais ne font pas de mal.
In fine, cet album ne nous donne pas à voir le monde (trop poli), l’amour (trop désincarné), ou le mal de vivre (trop propre sur lui) : c’est son droit. Mais c’est le nôtre de lui préférer des alcools forts, et la production d’artistes qui saisissent la beauté par les cheveux, et lui font des enfants braillards et teigneux.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story