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Pas de pleurnicherie, ni de bons sentiments dans ce récit où la drôlerie tutoie l'atrocité comme une bonne vieille copine. Birahima n'est pas un ange. Birahima a " tué beaucoup de gens avec kalachnikov ". Birahima laisse les dames jouer avec son bangala. Birahima s'est " bien camé avec kanif et autres drogues dures ". Birahima est " insolent, incorrect comme barbe d'un bouc et parle comme un salopard". Dans une verve détonante comme une rafale de mitraillette, il ponctue ses phrases de jurons malinkés : faforo (sexe de mon père), gnamakodé (bâtard, bâtardise), Walahé (au nom d'Allah).
Birahima a vieilli trop vite. Il est devenu lucide au contact des différents chefs de guerre. Que ce soit le Colonel Papa le bon, lieutenant de Charles Taylor, Omika la loyaliste de l'ULIMO ou Prince Johnson, pas un de ces seigneurs de la guerre libériens qui n'échappe au prisme impitoyable de ce regard d'enfant. Tous plus pourris qu'un chef de cartel. Tous plus dérangés qu'un gourou sous LSD. Tous plus sanguinaires qu'une bande de lycaons. Lucides encore, ces " small soldiers " qui les abandonnent sans vergogne dès que le vent tourne. Tous savent qu'ils ne sont que les pions d'un jeu cruel où les rivalités régionales cachent les intérêts bien compris des grandes puissances. Et c'est cette misère morale que pointe l'écrivain au-delà de la litanie usée du fracas des armes et des chairs broyées. Cette misère de la misère nous interroge sur l'avenir d'un continent aux mains d'une génération sacrifiée, nourrie à l'écuelle du désespoir, de la folie et de la force brute. Ganamakodé ! C'est injuste. Mais Allah n'est pas obligé de l'être. -- Roch Sonnet -- --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
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10 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Je suis sans voix...,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Allah n'est pas obligé - Prix Renaudot et Prix Goncourt des Lycéens 2000 (Poche)
Ce livre est le plus extraordinaire qu'il m'ait été donné de lire cette année. Le style déroute tout d'abord, la 4ème de couv' fait hésiter : ça va être dur... Et puis, petit à petit, on accroche, et on ne peut plus quitter ce drôle de petit bonhomme qui nous raconte les pires atrocités sur le ton que l'on utiliserait pour raconter les plus grandes banalités du quotidien. Mais justement, il s'agit là de son quotidien ! Son approche des grandes personnes, ses réflexions sur le rôle de l'ONU également ont un petit air de Candide, qui en font la puissance. Mon Dieu, pourquoi tant d'horreurs et de souffrance ?Parce qu'Allah n'est pas obligé... Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
12 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
La Contemporainéité de la violence en Afrique,
Par Jean Edouard Sagno (Marseille) - Voir tous mes commentaires
Ce commentaire fait référence à cette édition : Allah n'est pas obligé - Prix Renaudot et Prix Goncourt des Lycéens 2000 (Relié)
Le roman de Kourouma est une véritable peinture de la réalité socio-politique que vit l'Afrique contemporaine.C'est vrai qu'il s'agit là d'une fiction,d'un grossissement,d'un ajout au fait historique réel.Il ne saurait en être autrement.une fois encore,Kourouma a réussi à écrire un chef-d'oeuvre fait d'un mélange des Africanismes et du français de France.C'est cela la caractéristique d'un véritable roman africain de nos jours.Le small soldier:Birahima est d'un point de vue omniscient de l'auteur :le Porte-parole de nombreux enfants-soldats enrôlés de gré ou de force dans les rangs de toutes les rébellions connnues par l'Afrique aucours de la décennie passée et même maintenant.l'on voit que le style d'écriture adopté dans le roman est une véritable innovation.Tout y est élucidé.Bravo à Kourouma et à tous ceux qui comme moi comprendont la souffrance actuelle de l'Afrique et le profond message que veut véhiculer ce roman. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile
2.0 étoiles sur 5
Un clône d'enfant-soldat mal construit !,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Allah n'est pas obligé - Prix Renaudot et Prix Goncourt des Lycéens 2000 (Poche)
Birahima, enfant-soldat au Libéria et en Sierra Leone, raconte son histoire... mais très vite cette histoire semble peu réaliste... ça "coince", et on y croit de moins en moins. De plus le fait de connaître un peu l'environnement socio-ethnique du personnage renforce encore cette impression que l'on se trouve en fait devant une fiction totale. Non, ce n'est pas un enfant, de 10 ou 12 ans et de niveau CM2, qui s'exprime ici, et encore moins un "enfant-soldat", mais l'auteur, intellectuel et opposant politique et loin du terrain, qui écrase le petit bonhomme malingre de son ombre massive. L'auteur est même allé encore plus loin avec ce processus dans son dernier livre inachevé "Quand on refuse on dit non". Dans ce dernier il nous raconte "son" histoire bien partisane de la pauvre Côte d'Ivoire par le biais cette fois-ci d'une jeune fille qui, elle au moins, est "bachelière" !A la fin de son périple Birahima "hérite" de 4 dictionnaires, dont un "Inventaire des particularités lexicales du français d'Afrique noire". Ce subterfuge simpliste et bien rapide, puisque l'enfant peu éduqué est ainsi promu "lettré", est essentiel pour l'auteur car il lui permet de justifier la tenue et le style du récit. Celui-ci est en effet truffé de traductions ou d'explications, plus ou moins utiles -on apprend ainsi ce qu'est un "puceau"-, qui l'alourdissent alors qu'elles n'étaient certainement destinées qu'à apporter des touches d'humour pour prendre de temps en temps un peu de recul et pour pouvoir "respirer". Le procédé, comme tout procédé répétitif, ne réussit malheureusement qu'à fatiguer le lecteur... On n'échappe pas non plus à la répétition gratuite de quelques jurons comme "faforo" ou "gnamokodé" qui finissent, bien exténués, par ne plus jouer qu'un rôle de ponctuation. Et pourquoi ce titre bien troublant pour un tel sujet ? Pour expliquer pourquoi le Mal existe et pourquoi il ne faut pas pour cela perdre la foi ? C'est bien naïf ! On appréciera comme il se doit le message de l'auteur dans la bouche de la mère de Birahima : "Allah ne donne pas de fatigues sans raison. Il te fait souffrir sur terre pour te purifier et t'accorder demain le paradis, le bonheur éternel". Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, les massacres peuvent continuer... Allah reconnaîtra les siens ! Ce livre sera certainement choisi par tous ceux qui sont sensibles à l'attribution de prix littéraires. Dans ce cas-ci ils seront rassurés par le "Renaudot". Par contre, si on recherche un peu plus de naturel et de vérisme on pourra trouver beaucoup mieux selon moi dans d'autres livres certainement plus consistants et plus crédibles. On peut citer deux romans : -"Bêtes sans patrie" de Uzodinma Iweala, avec une traduction de A. Mabanckou qui semble avoir réussi à ne pas atténuer le ton du récit original, mais qui est difficile à lire. -"Johnny mad dog" de Emmanuel Dongala Et aussi deux documents : -"J'étais enfant-soldat" de Lucien Badjoko (avec Katia Clarens) -"Le chemin parcouru" d'Ishmael Beah Quand je lis des critiques de ce livre, parues ici ou là, je les trouve souvent trop bienveillantes et je me demande si j'ai bien lu le même livre... La littérature africaine ne devrait pas être évaluée différemment de toute autre littérature et la bonne littérature africaine n'a vraiment pas besoin d'a priori favorable ! Cette dernière attitude, que l'on pourrait qualifier de "paternaliste", est en fait assez méprisante et ne peut aboutir, petit à petit, qu'à une baisse du niveau moyen de la production littéraire africaine. Faites-vous donc votre propre opinion ! Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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