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Des histoires que tout sépare et une histoire que tout rassemble. Il suffit pour cela que l'auteur manipule ses personnages, que ces marionnettes se laissent articuler, bon gré mal gré. Il suffit encore d'accepter d'aller "voir un peu plus loin"... sans avoir peur de ses désirs. Dans cette machine de la vie recentrée sur quatre personnages, Anny Duperey propose un florilège de destins qui s'arrachent de leur condition. Tant bien que mal et surtout non sans mal.
Directrice d'une agence de voyages, Christine est une femme gagnée par la peur, sournoise, venimeuse, qui prend les formes déguisées de la lassitude, de la colère, de l'épuisement et de l'envie de tout laisser tomber. Paul, né dans le monde rural, est un homme meurtri par un milieu familial dépourvu de sensibilité. Solange trimbale son quotidien pathétique derrière un guichet SNCF. Enfin, Luc prend chaque instant conscience de l'échec de sa vie conjugale. Dans le sentiment d'être en bout de course naissent les rencontres des uns et des autres. La trajectoire à suivre sera le chemin des êtres de bonne volonté, tracé par un auteur qui, à l'évidence, a voulu faire la part belle au courage et à l'humilité. D'où un roman sans prétention, presque humaniste, qui, plus que raconter ses personnages donne l'impression de vouloir les donner au lecteur... --Céline Darner
Directrice d'une agence de voyages, Christine est une femme gagnée par la peur, sournoise, venimeuse, qui prend les formes déguisées de la lassitude, de la colère, de l'épuisement et de l'envie de tout laisser tomber. Paul, né dans le monde rural, est un homme meurtri par un milieu familial dépourvu de sensibilité. Solange trimbale son quotidien pathétique derrière un guichet SNCF. Enfin, Luc prend chaque instant conscience de l'échec de sa vie conjugale. Dans le sentiment d'être en bout de course naissent les rencontres des uns et des autres. La trajectoire à suivre sera le chemin des êtres de bonne volonté, tracé par un auteur qui, à l'évidence, a voulu faire la part belle au courage et à l'humilité. D'où un roman sans prétention, presque humaniste, qui, plus que raconter ses personnages donne l'impression de vouloir les donner au lecteur... --Céline Darner
Extrait
Ça lavait prise dun coup, au beau milieu de sa pelouse : elle allait vendre sa maison.
Elle en resta plantée sur place, les deux pieds écartés dans lherbe, sous le choc. Lidée, incongrue jusquà la minute précédente, limpensable, avait fondu sur elle sans aucun raisonnement préalable, lavait traversée comme la foudre. Elle en était restée hébétée, saisie dune sorte déblouissement.
Un petit coup de vent balaya la campagne, ébouriffa ses cheveux, jeta une bouffée de fraîcheur piquante à ses joues. Elle suffoqua brièvement et secoua la tête pour chasser, comme on chasse une bête importune, cette stupide fantaisie de lesprit.
Vendre sa maison ! Quest-ce que cétait que ça ? Pourquoi ?
De quel tréfonds cette idée avait-elle surgi pour lui sauter à lesprit aussi brusquement ?
Elle regarda vaguement autour delle, les mains enfoncées dans les poches de son parka bleu crotté de terre, telle quelle était quand la chose lavait saisie. Elle aurait bien voulu ignorer la folle idée, se remettre à marcher, à vaquer normalement, mais une sorte de paralysie la laissait immobile, bouche ouverte et sourcils levés. Lidée était collée, engluée au milieu delle, sans quelle puisse encore rien en faire. Elle avait tout stoppé, tout bloqué. On devient idiot quand une chose pareille vous prend de plein fouet
Christine assumait sans états dâme ses quarante-neuf ans et annonçait carrément trois ans de plus une habitude quelle avait prise vers la quarantaine, histoire de soffrir le luxe de devancer un peu les choses, de ne pas être prise au dépourvu par les chiffres, et aussi pour le plaisir denregistrer quelques mimiques surprises et flatteuses, amusée quon la trouve si fraîche, si pleine dallant et dallure si jeune pour son âge. Histoire aussi de voir ce que ça lui ferait quand elle aurait réellement le nombre dannées annoncées. En vérité, elle ne savait pas trop pourquoi elle avait commencé à pratiquer cette innocente bravade, ce pied de nez aux dates, à la convention sociale qui pousse les femmes à mentir pour se rajeunir. Parfois, elle sy perdait elle-même et se trouvait obligée de compter.
Elle en resta plantée sur place, les deux pieds écartés dans lherbe, sous le choc. Lidée, incongrue jusquà la minute précédente, limpensable, avait fondu sur elle sans aucun raisonnement préalable, lavait traversée comme la foudre. Elle en était restée hébétée, saisie dune sorte déblouissement.
Un petit coup de vent balaya la campagne, ébouriffa ses cheveux, jeta une bouffée de fraîcheur piquante à ses joues. Elle suffoqua brièvement et secoua la tête pour chasser, comme on chasse une bête importune, cette stupide fantaisie de lesprit.
Vendre sa maison ! Quest-ce que cétait que ça ? Pourquoi ?
De quel tréfonds cette idée avait-elle surgi pour lui sauter à lesprit aussi brusquement ?
Elle regarda vaguement autour delle, les mains enfoncées dans les poches de son parka bleu crotté de terre, telle quelle était quand la chose lavait saisie. Elle aurait bien voulu ignorer la folle idée, se remettre à marcher, à vaquer normalement, mais une sorte de paralysie la laissait immobile, bouche ouverte et sourcils levés. Lidée était collée, engluée au milieu delle, sans quelle puisse encore rien en faire. Elle avait tout stoppé, tout bloqué. On devient idiot quand une chose pareille vous prend de plein fouet
Christine assumait sans états dâme ses quarante-neuf ans et annonçait carrément trois ans de plus une habitude quelle avait prise vers la quarantaine, histoire de soffrir le luxe de devancer un peu les choses, de ne pas être prise au dépourvu par les chiffres, et aussi pour le plaisir denregistrer quelques mimiques surprises et flatteuses, amusée quon la trouve si fraîche, si pleine dallant et dallure si jeune pour son âge. Histoire aussi de voir ce que ça lui ferait quand elle aurait réellement le nombre dannées annoncées. En vérité, elle ne savait pas trop pourquoi elle avait commencé à pratiquer cette innocente bravade, ce pied de nez aux dates, à la convention sociale qui pousse les femmes à mentir pour se rajeunir. Parfois, elle sy perdait elle-même et se trouvait obligée de compter.
