Il y a dans le film de Scorsese , The Last Waltz , une scène très belle dans laquelle Levon Helm , le batteur ( mais aussi génial chanteur ) du Band , tente une explication sur les origines du rock and roll . Il évoque , en connaisseur mais aussi avec le regard allumé de l'enfant qui croit encore au pouvoir magique de ses jouets , la musique d'avant celle qu'il joue ... et de citer les spectacles itinérants , les fanfares , le blues , le jazz , le gospel et les spirituals des églises , pour arriver , après une longue série de noms illustres , à Elvis , celui qui a sinon inventé cette musique , du moins l'a rendue populaire au sens commercial du terme , ce qu'elle était de toute façon avant , au sens humain du terme .
Dans le très beau et passionnant livret de cette somptueuse compilation des chants sacrés enregistrés par le King , le musicologue Charles Wolfe ( pas confondre avec le poète irlandais ) raconte l'arrivée du jeune homme de Tupelo à Memphis ( la ville du blues , mais aussi du gospel ) : Elvis est fasciné d'abord par les spectacles de gospel blanc puis les spirituals ( ceux des noirs ) , des sortes de radio - crochets avant l'heure où des groupes de chanteurs ( des quartets le plus souvent ) tous plus formidables les uns que les autres s'affrontent gentiment en l'honneur du Seigneur .
L'ambition première d'Elvis était de chanter dans un de ces groupes qu'il admirait , Les Blackwood Brothers , mais trop jeune et manquant de technique ( !!! ) il se rabat sur un décalque ( the Songfellows ) mais il est refusé par le Sinclair local : il savait chanter en front line , mais il n'entendait pas l'harmonie ! ( "He couldn't harmonize" ) et à la répartition des rôles , ça n'allait pas ... Frustré sans doute , dans son ambition d'enfant de choeur profane ( et l'on sait que la frustration engendre bien des carrières pour le plus grand bien ou parfois le plus grand mal de l'humanité , trouvez les exemples vous - mêmes ... ) Elvis n'a eu de cesse d'enregistrer des chants sacrés tout au long de sa carrière de rocker avec quelques uns des plus fameux groupes de chants gospel comme les Jordanaires ( il faut le voir poser , pas peu fier , au milieu des gars ! ) ou les Blackwood Bros ( pas rancunier le père Presley ! ) , the Imperials Quartet ( et Millie Kirkham , une autre fameuse chanteuse qui l'accompagna souvent ) ...
Il y a presque une soixantaine de chansons ( tirées de ses quatre albums sacrés ) : difficile de faire un commentaire sur chaque , d'autant qu'il y en a une bonne trentaine de merveilleuses ( surtout les premières , de 1957 à 1960 ) , des classiques ( "Swing Down Sweet Chariot" , "By and By" ou le magnifique "Peace In The Valley" , chanté par Cash notamment ) des tubes ( "Crying In The Chapel" , "Where Could I Go But To The Lord" ) et d'autres , moins connues , comme le sublime "In My Father's House" et le fantastique "Farther Along" , une antique country gospel song de 1880 !
Elvis en pleine oraison musicale et d'une honnêteté certaine ! loin de la caricature de lui - même qu'il est devenu . Ici pas de strass et de paillettes : on chante pour l'Eternel et l'éternité ! Les arrangements sont dépouillés ( souvent seul avec un piano et les chanteurs pas loin , qui fichent les frissons ) et ce retour à l'essentiel , pour lui , fournit sans doute à Elvis la possibilité d'offrir le meilleur de son chant , pour des chansons divines ( teintées parfois de rock ou de country ) et pleines de cette ferveur humble et modeste qui reste la marque des grands .