Ce livre balaye tous les poncifs de la BD dès les premières pages, déstabilise tout d'abord, puis enivre rapidement.
Culte à plus d'un titre, Amer Béton est un objet d'une beauté absolue, et ceci même si les graphismes sont parfois "approximatifs" en comparaison de ce que l'on peut être habitué à rencontrer dans ce type d'ouvrages.
-Beauté des illustrations (la couverture ne donne pas idée de ce qui se trouve à l'intérieur): le trait est simple, les cases et les dessins sont souvent distordus et toujours monochromes, il règne une certaine incohérence dans les perspectives, et pourtant on se rend rapidement compte que tout cela est parfait, et que le détail qui jaillit est magnifié par l'anarchie qui règne autour. Chaque émotion est perceptible sur les visages des protagonistes, avec une profondeur rarement atteinte.
-Beauté du texte: émaillé de grossièretés, on le lit comme de la poésie, sur plusieurs niveaux d'interprétation. Notamment dans les non-dits.
-Beauté des personnages: aucun n'est bâclé, chacun a ses finesses, son histoire, son rôle. Et les deux héros, Noiro et Blanko (noir et Blanc dans la version originale et le film- a voir aussi, d'ailleurs)sont exceptionnels de densité, loin de toute forme de manichéisme.
-Beauté de l'histoire enfin: d'une violence inouïe (ce n'est pas un livre pour enfants, la violence y est crue), mélange du Petit Prince et d'Akira,c'est une allégorie du monde en marche, de la fin de l'enfance, de la recherche de dignité, de l'urbanisation et de la fin des mythes, terriblement émouvante sans jamais être larmoyante.
On n'en sort pas totalement indemne, et c'est une bonne chose.
Cette oeuvre est un cadeau précieux,d'une humanité intensément profonde.