La thèse du livre est assez simple: c'est la démographie qui mène le monde. Prendront finalement le pouvoir ceux qui font le plus d'enfants; ce sont les musulmans qui se reproduisent à qui mieux mieux, alors que les occidentaux, les Russes et les chinois-japonais ont des taux de fécondité très inférieurs au seuil de reproduction d'une population. DONC les musulmans finiront par prendre le pouvoir, idéologique d'abord et bientôt politique, en Occident, imposeront la charia, etc, etc.
Je ne vois pas pourquoi le commentateur précédent dit que ces thèses enverraient l'auteur en prison si elles étaient publiées en France. Que je sache, depuis trente ans qu'il répète ça, Le Pen n'a jamais été en prison.
Le bouquin est écrit d'une plume alerte et souvent drôle, MAIS... Toute thèse peut se défendre, dès lors qu'elle s'appuie sur des fait solidement établis; sinon, même écrite d'une plume alerte et souvent drôle, elle relève de la peur obsidionale, de la xénophobie anti-musulmane de base et de l'idéologie éructante.
Le problème, c'est quand l'auteur attribue tout - l'opposition de la France à Bush et sa guerre en Irak jusqu'aux émeutes dans les banlieues françaises - au phénomène qu'il décrit: Chirac avait besoin de faire plaisir à la population musulmane des villes françaises, qui, comme chacun sait, se monte à 30% (si si, c'est dit en toutes lettres, page 4),en oubliant simplement au passage que la France, exception en Europe, a un taux de fécondité proche de 2, soit le taux de reprodution de la population. Il est donc difficle de parler d'une pression démographique spécifiquement musulmane en France.
Autre approximation: selon l'auteur, être musulman (ou simplement avoir un nom à consonnance arabe, ce qui est un signe pour lui suffisant de religion musulmane) = être rétrograde. Il relève par exemple qu'à Bruxelles, la majorité socialiste du conseil municipal en 2007 était composée de 18 membres dont 10 avaient des noms à consonnance arabe (Fatima, Mustafa, Samira, Mohammed, Ahmed etc), "c'est-à-dire que la capitale de l'Union Européenne a déjà un parti de gouvernement a majorité musulmane". Donc : nom arabe = musulman, musulman = pratiquant, pratiquant = fondamentaliste. Ben voyons. L'auteur aurait été plus crédible s'il s'était donné la peine d'enquêter pour savoir combien de ces membres aux noms à consonnance arabe se revendiquaient musulmans, et avec quelle pratique. Je ne pense pas qu'on adhère au Parti Socialiste bruxellois pour imposer la chariah.
L'auteur prétend - sans citer de source - que la population musulmane de Rotterdam est de 40 % (page 6). Ah bon ? Une petite recherche internet montre qu'elle est de 13 %. Mohammed serait le prénom le plus donné aux bébés à Bruxelles en 2007. En effet, j'ai vérifié sur le site de l'office statistique belge (statbel.fgov.be). Mais il aurait été honnête de dire que les premiers prénoms de fille, ex-aequo, c'était Lina et Sarah. De plus quelques clics montrent que dans le région de Bruxelles, le premier nom de famille à consonnance étrangère en 2008 n'arrive qu'en 6e place - et c'est Nguyen. Quand est-ce que l'auteur nous pond un bouquin sur le péril vietnamien en Europe? Le premier nom à consonnance magrébine, benali, arrive en 18e position. Quand on a une thèse à défendre, il est facile de sélectionner les faits qui semblent aller dans le sens de la thèse. Ce qui est honnête, c'est de donner TOUS les faits, même quand ils semblent contredire la thèse.
A la réflexion, peut-être en effet que ce genre de thèse publiée en France vaudrait à l'auteur et à l'éditeur des poursuites: c'est en effet la matière première du racisme et de la xénophobie. Heureusement que la majorité des membres de la majorité socialiste du conseil municipal de Bruxelles ne s'appelle pas Moshe, Sarah, ou Lévy. On voit bien quelle aurait été la conclusion de l'auteur.
Il n'y a pas besoin d'être sourd et aveugle aux problèmes que peut poser le choc culturel entre les valeurs de l'occident et de la république d'une part, et celles de la frange la plus obscurantiste de l'islam de l'autre, tout comme aux problèmes posés par l'atonie démographique de la plupart des pays occidentaux (mais pas la France !) pour considérer que ce bouquin est un tissu d'âneries xénophobes. Ces problèmes et leurs enjeux méritent une approche plus sérieuse et nuancée.