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3.0 étoiles sur 5
Un disque vibrant, 16 juin 2001
Il s'agit là, peut être, du dernier album de Johnny Cash. Atteint d'une variante de la maladie de Parkinson, incurable, l'artiste country-folk a multiplié ces derniers mois les allers-retours entre studio d'enregistrement et chambre d'hôpital. Mais ce n'est pas cette triste nouvelle qui justifie l'achat d'urgence de American III : Solitary man. La bonne raison, c'est qu'on entend sur ce disque la complainte, magnifique, d'un homme touché, mais jamais abattu. Solitary man déborde d'émotions noires, regorge d'instants fragiles, mais ne montre absolument aucun signe d'abandon. Johnny Cash chante comme un damné, et contre toute attente, ce sont bien ses meilleurs morceaux qu'il livre ici. On n'osait même pas attendre cela de lui, et à vrai dire, on se serait satisfait avec bien moins. Durant toute sa vie, le bonhomme a en effet commis excès sur excès. Des folies auxquelles il faut ajouter une belle brochette de coups durs, de problèmes de santé, de tuiles qui n'arrivent qu'aux autres. Il devrait être à bout de force, il est à son apogée sur Solitary man. Composé de titres originaux et de reprises, ce recueil intime est une sombre joyau, sorte de testament d'un type en perpétuelle rédemption. Et puis, il y a cette voix inoubliable, aussi ténébreuse que religieuse, qu'on prend dans les tripes comme une profession de foi. Derrière, les instruments, acoustiques et rustiques, parviennent à donner une impression de proximité, comme si Johnny Cash était assis à notre table. Chaleureux, malgré l'ombre de la mort.
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5.0 étoiles sur 5
Feu qui médite sous la cendre, 28 juillet 2005
Cet album est d'une valeur inestimable, rien que pour la reprise de « One » (U2) et pour celle de « I See a Darkness » (Will Oldham). Mais l'album est absolument indispensable pour « The Mercy Seat », reprise d'une chanson de Nick Cave : cette version est déchirante, avec son lent crescendo qui prend aux tripes, interprétée par un homme dont la voix est usée, un peu sèche et éraillée, et cependant profonde et chaude, feu ruminant ses bûches. Nick Cave et son groupe interprétaient le morceau sur un mode lancinant, martelé, monocorde, étouffant. On peut penser que cette relecture par Cash le dénature, en arrondit les angles, en trahit la signification. Mais ce que « The Mercy Seat » perd en rage, en radicalité, il le regagne en humanité, en compassion. La chanson, qui donne accès au discours intérieur du condamné à mort, conduit l'auditeur à se représenter un état-limite fort peu représentable : les longs instants où le corps d'un meurtrier est incendié de l'intérieur par deux mille volts d'électricité porteurs de miséricorde divine (telle est la signification, ironique, du mot mercy). Sans retirer à cette chanson sa force de protestation, de dénonciation, Johnny Cash nous guide et nous accompagne sobrement dans cet exercice d'imagination, sans croire qu'il suffit de « traduire » la violence du supplice par la rugosité de l'interprétation. Délivrés de leur aspect répétitif, et obéissant à une construction repensée sur un mode quasi dialectique, le chant et la musique qui le porte se révèlent envoûtants, poignants. La musique est de plus en plus poignante à mesure que des nappes d'harmonium, sourdant des profondeurs, enveloppent, puis recouvrent, le son des guitares qui jouaient la mélodie. À la fin celle-ci reparaît au piano, sur un mode dépouillé, et vient survoler les ronflements d'harmonium, cette basse continue aux connotations funèbres. Aucun pathos facile, mais quelque chose de méditatif, qui naît du contraste entre la mélancolie de l'interprétation et la dureté du texte.
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5.0 étoiles sur 5
Chef d'oeuvre...que dire de plus !, 27 janvier 2003
Pour le grand public Frank Sinatra a toujours été "The voice". Mais il suffit d'écouter cet album miraculeux pour comprendre que Johnny Cash est le genre d'interprète a pouvoir tout chanter. Il s'approprie les chansons des autres (ici aussi bien Tom Petty, que U2) qui deviennent siennes comme par magie. Il compose aussi quelques merveilles soufflées par on ne sait quelles forces divines. Si le mot chef d'oeuvre a encore un sens...
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