Que dire qui ne l’ai déjà été au sujet de ce roman qui aura marqué de par son pouvoir hautement subversif son époque et bien plus encore ?Tout a été dit ou presque et pourtant, oui pourtant, il y a toujours quelque chose à dire quand on vient de lire "American psycho". On a beau être prévenu, avoir vu le film au préalable, l’histoire, les agissements, la narration dépassent tout ce à quoi on s’attendait en termes d’horreur, de cruauté, de froideur.
Que dire du roman ? "American psycho" est le journal d’un golden boy qui vit au cœur de l’Amérique Reaganienne, une Amérique où cynisme, individualisme, matérialisme atteignent des sommet et Bret Easton Ellis nous le fait ressentir à plein. Une Amérique où la solidarité n’est pas ou plus du tout d’actualité. "American psycho" est une critique, par la satire, de cette époque, de cette Amérique. Patrick Bateman donc, le narrateur, se trouve être également un pervers psychopathe tueur en série. Mais est-il qualifiable d’une quelconque manière ? Les mots suffisent-ils pour le définir ?
Que dire de l’écriture de Bret Easton Ellis ? Tout d’abord qu’elle est sévèrement ancrée dans l’époque à laquelle vit Patrick Bateman. Au début du roman, l’écriture est froide, exagérément (et ce n’est pas une critique négative car parfaitement adapté au récit) descriptive et matérialiste. Les meurtres sont évoqués voire relatés rapidement et l’impact physique sur le lecteur est acceptable et puis on avance dans le roman et de plus en plus, l’action se tourne vers les perverses pulsions criminelles qui émanent du cerveau malade de Patrick Bateman. Les scènes, terribles, y sont décrites avec une précision chirurgicale et là, franchement, l’impact physique sur le lecteur est réellement présent. On est au bord de la nausée. La machine s’emballe et devient incontrôlable pour le lecteur, l’auteur et le narrateur. On n’arrive plus à décrocher.
"American psycho" est un roman coup de poing, sulfureux où la plume de Bret Easton Ellis est plus incisive que tous les outils de torture utilisés par Patrick Bateman. L’écrivain a mis son talent au service de l’inimaginable, de l’inique, de l’inqualifiable et ça fonctionne plus que bien mais, au fait, qu’est-il sorti de l’imaginaire "frelaté" de Bateman et qu’elle est la part de vérité dans tout ce qui nous a été narré ? Quelle est la part du fantasme dans tout ça ? Ça donne à réfléchir !