Qui a découvert l'Amérique ? Vespucci est-il le plus grand bandit de tous les temps, l'homme le plus incroyablement effronté, ayant réussi à donner son nom à un continent à la place de celui de son vrai découvreur ? Plusieurs thèses se sont affrontées pour raconter les circonstances dans lesquelles l'Amérique a obtenu son nom. Pour certains, Amerigo Vespucci est un marchand qui n'a rien d'un explorateur et s'est honteusement emparé des découvertes de Colomb en publiant de faux voyages. Thèse défendue sans avoir tout à fait tort par Las Casas à la fin du XVIème siècle, qui marquera du sceau de l'ignominie le nom d'Amerigo Vespucci pour quelques siècles. Pour d'autres, et c'est cette thèse qui semble maintenant la plus vraisemblable, c'est lui qui a le premier pris conscience du fait que les terres nouvelles à l'ouest n'étaient ni les Indes, ni la Chine, mais véritablement un nouveau monde, Mundus Novus.
Le nom d'Amerigo Vespucci a été porté aux nues dès le début du XVIème siècle, comme le plus magnifique explorateur de son temps, découvreur de l'Amérique, grâce a un enchaînement de hasards et de petites erreurs dont Amerigo n'est en rien responsable. C'est bien plutôt la fièvre qui s'est emparée de l'Europe et le besoin de mettre un nom sur ces découvertes, associés à la structure des communications de l'époque (oubliez la propriété intellectuelle aux débuts de l'impression) et aux falsifications d'éditeurs vraiment très peu scrupuleux, qui ont fait d'un navigateur doué et intelligent un véritable héros de son temps.
Le plus étonnant dans ce conflit posthume, c'est que de leur vivant, Christophe Colomb et Amerigo Vespucci étaient des amis très proches. Les lettres de Colomb à son fils semblent tout à fait dédouanner Vespucci de toute tentative de spoliation de la découverte de l'Amérique. Colomb, découvreur physique (c'est lui qui pose le pied le premier sur ce nouveau continent, mais persuadé toute sa vie d'être arrivé aux Indes), et Vespucci, découvreur théorique (c'est lui qui prend conscience de la découverte du nouveau monde). En tout cas, voilà une performance exceptionnelle de Vespucci, rentré dans l'histoire de l'humanité avec seulement 40 pages à son actif. Merci Zweig pour ce cours d'histoire comme il sait si bien les faire (cf Les très riches heures de l'humanité).