La réédition en 2008 de la somme de Bertrand Tavernier sur les grands cinéastes américains est une merveille pour tous les cinéphiles. C'est une véritable bible que nous offre Bertrand Tavernier, enrichie et actualisée par rapport à l'édition de 1993 qui était devenue introuvable. Par rapport à l'édition d'il y a 15 ans, on trouvera notamment de nouveaux entretiens et de nombreuses postfaces 2008, courtes ou longues selon le cas.
28 cinéastes sont présentés à travers des introductions synthétiques, une filmographie, des entretiens qu'il a réalisés avec eux, des entretiens avec des témoins de leur temps, et de nombreuses photos des films et de leurs affiches d el'époque.
Le livre est bien structuré et organisé de façon très claire. On y découvre tour à tour:
Le parrain: John Ford
Les grands anciens: Garnett, Henry Hattaway, Edgar G. Ulmer, William A. Wellman
Middle Generation: Boetticher, Delmer Daves, Stanley Donen, Robert Parrish, Richard Quine, Jacques Tourneur, André De Toth
Série B: Roger Corman
Liste noire: Sidney Buchman, Edward Chodorov, Carl Foreman, Zimet, Philip Yordan, Bikerman, John Berry, Polonsky, Elia Kazan, Joseph Losey
Le joueur solitaire: Robert Altman
L'amour du cinéma américain: Alexander Payne, Joe Dante, Quentin Tarantino
Bertrand Tavernier se définit à juste titre comme un cinéaste cinéphile et il a beaucoup apporté au cinéma à ce double titre, en tant que réalisateur et critique passionné. Amis américains est un très beau cadeau à faire ou à recevoir ou à s'offrir, mais c'est du lourd: 996 pages, deux index (par noms et par titres, anglais et français) de 4500 entrées, 800 photos, en tout 5 kilos de textes et de photos. En dépit de son voluume encombrant, Amis américains est plus agréable à lire et à consulter que 50 ans de cinéma américain. C'est une édition de luxe, grand format, richement illustrée et documentée, une mine d'informations très bien présentées sur chaque cinéaste. Bien entendu, il y a des absents, aussi bien parmi les grands anciens que parmi les réalisateurs les plus récents et la liste noire est sans doute surreprésentée par rapport aux cinéastes des autres périodes, mais peu importe, Tavernier a voulu nous offrir une présentation des cinéastes avec lesquels il a eu le plus de contacts. Il faut également rendre hommage à Tavernier pour la reconnaissance de ses erreurs, notamment de ses erreurs de jeunesse. Lorsqu'il a le sentiemnt d'avoir été injuste par le passé, il rectifie le tir, comme il l'avait déjà fait à l'occasion de la réédition de 50 ans de cinéma américain, par exemple ici par rapport à Jacques Tourneur.
Le reproche que l'on peut parfois lui faire est d'aborder de façon excessive les cinéastes américains avec ses propres valeurs. Ceci explique des incompréhensions, par exemple s'agissant de William Wellmann ou Henry Hattaway. Pour le premier, Tavernier ne s'explique pas ses contradictions -selon lui- entre des idées de droite très anti-communistes et la défense acharnée de la liberté d'opinion et du droit alors que Wellmann était de façon tout à fait cohérente dans son esprit profondément attaché à la liberté sous toutes ses formes et au respect du droit. Pour le second, Tavernier considère qu'il s'attache plus à la technique qu'au message de ses films alors qu'Hattaway défend les valeurs américaines, notamment l'individualisme et la volonté.