Un album qui vient nous conforter dans l'idée que "The Wall" n'était pas un simple coup de génie, et que Roger Waters demeure une figure incontournable dans un style quasi indéfinissable, le sien. Une sorte de Jacques Brel à l'anglaise, torturé,
narcissique, et créateur extraordinaire. "Amused to Death" est le sommet de sa carrière solo, et devance de loin, selon moi, les albums du Floyd sous tutelle de Gilmour sortis à la même époque.
"Amused to Death" s'ouvre sur "The Ballad of Bill Hubbard", instrumental déchirant (mais quelle belle idée d'avoir engagé Jeff Beck !). Les perles se comptent sur les doigts de 3 mains : il y en a 14... sur un total de 14 chansons.
Mentions spéciales à l'émouvant "Perfect Sense pt 1", au très beau "Late Home Tonight" et ses chants d'oiseaux, ses bruits d'avions... chaque sonorité a son importance, voire son indispensabilité. L'extraordinaire cohérence de l'album repose en partie là-dessus.
D'autres chefs d'oeuvres présents dans l'album : le très mansonnien "What God Wants pt 2", ironique et trash au possible, le déchirant "What God Wants pt 3", avec en intro un joli pied de nez au membre du Floyd, et toujours la guitare de Beck... les quatre dernières chansons de l'album - le terrible rappel de Syd "Watching TV", l'effrayant "Three Wishes", le planant et sublime "It's a Miracle" et en fin le clou du spectacle, le sommet "Amused to Death" - méritent toutes leur place au panthéon des grands morceaux tendres du rock anglais, aux côtés de "Let it be", "Angie" ou "Stairway to Heaven"...
Bravo, bravo, bravo. L'un des grands (et rares) albums rock de la fin des années 80. Waters a des choses à dire, ses textes sont hélas intemporels et il se montre vocalement très investi. Poignant de A à Z, l'émotion passe ! On pleure ou on se défoule, mais quoiqu'il en soit on ne reste pas indifférent.
Aux amateurs de grand rock et aux âmes torturées...