Ce blues urbain est une vraie claque tellement il va droit au c½ur, ramenant tout d'un coup avec lui tout le parfum capiteux des années soixante. Un genre de Chicago Blues mâtiné d'accents rock et d'une lampée de langueur hippie aux accents west-coast. Où des petits blancs rêveurs s'emparent indécemment du beat souverain des cueilleurs de coton, et lui donnent des prolongements inattendus en extrayant de son jus, d'acides saveurs électriques. Des complaintes poignantes noyées dans les riffs stridulants des guitares, mais adoucies par le baume ensorcelant de l'harmonica. Un bonheur indicible. Walkin' by myself...
A côté de Paul Butterfield en majesté au chant, à l'harmonica, on retrouve à la guitare le splendide Mike Bloomfield, et Elvin Bishop, plus une belle section de cuivre au sein de laquelle perçait déjà David Sandborn.
Un double album essentiel, doté d'un coquet petit livret retraçant l'époque et le détail des sessions d'enregistrement.
Une sorte de modernité teintée de solitude erratique, dans un monde à peine sorti des affres des grandes guerres et saisi du vertige enivrant mais un peu vain du progrès technique. De nouveaux Musset en proie à un nouveau mal du siècle en quelques sorte; le pendant musical des pérégrinations éblouies et un peu désespérées des Beatniks.