Présentation de l'éditeur
A l'occasion du vingtième anniversaire de l'abolition de la peine de mort, le 9 octobre 1981, un document des plus étonnants sur un bourreau de la République, Anatole Deibler ( 1836-1939). Petit-bourgeois rangé du 16e arrondissement, fils et petit-fils de bourreau d'abord réticent à exercer sa charge, il l'accomplira finalement avec minutie et perfectionnisme. Ravachol, Landru, Pilorge, immortalisé par Jean Genet, furent executés par lui. L'originalité de ce livre tient au fait que l'auteur a eu accès aux carnets, et plus largement aux archives de la famille d'Anatole Deibler, où il notait scrupuleusement ses réflexions. En décalage avec l'évolution des moeurs de son époque, réticent à commencer son rôle, fuyant les journalistes et choqué par la ferveur populaire lors des exécutions, Deibler est un personnage troublant qui permet d'évoquer plusieurs décennies de l'histoire française dont celle des attentats anarchistes et l'évolution de l'opinion publique. Un cahier photos inédit, donne à l'ensemble du livre une charge émotionnelle très forte.
Quatrième de couverture
Le 2 février 1939, Anatole Deibler s'effondrait sur un quai du métro Porte de Saint-Cloud, foudroyé par une embolie. Pendant plus d'un demi-siècle, ce petit homme ordinaire avait assuré le service de la guillotine, au nom de la France. Les anarchistes Ravachol et Vaillant, ou encore « Raymond la Science », rescapé de la Bande à Bonnot, furent guillotinés par celui qu'on nommait familièrement « Monsieur de Paris ». Beaucoup d'autres, plus ou moins illustres parmi les 395 condamnés qu'il exécuta sans état d'âme, avaient défrayé la chronique judiciaire : Landru, Gorguloff, Pilorge - immortalisé par un texte de Jean Genet...
Fils et petit-fils de bourreaux, Anatole Deibler n'était pourtant pas un monstre sanguinaire. Il n'avait pu échapper à son destin, prisonnier d'une dynastie que sa famille perpétuait. Méticuleux artisan de la mort, discret jusqu'à l'obsession, il pratiqua magistralement le dédoublement de personnalité pour survivre aux horreurs de son « métier ». Dans ses "carnets d'exécutions" Deibler consigna l'attirance et la répulsion que lui inspirait le châtiment suprême, et rédigea d'innombrables notes sur les condamnés dont il serait le bourreau. Dans sa biographie, Gérard A. Jaeger ne restitue pas seulement la vie singulière d'un homme. Il retrace avec minutie quelques pages de l'histoire de France, quand le spectacle de l'échafaud attirait les foules, tandis qu'une partie de l'opinion publique se battait déjà contre une forme de barbarie acceptée par le pays des Droits de l'homme. Abolie en France en 1981, la peine de mort demeure une mesure de justice appliquée par quelque quatre-vingt-dix pays, dont les États-Unis et la Chine, pourvoyeurs acharnés de l'assassinat légal. Le livre convaincant de Gérard A. Jaeger est à verser au dossier en faveur de son abolition universelle.
Historien de formation, écrivain, auteur de nombreux ouvrages, Gérard A. Jaeger a publié récemment aux Editions du Félin : Hong Kong, chronique d'une île sous influence.