Juste après 'En effeuillant la marguerite' et peu avant 'Sois belle et tais-toi !', tous deux de Marc Allégret, Roger Vadim, qui était alors encore le mari de Brigitte Bardot (mais plus pour longtemps), écrit et réalise à l'âge de 28 ans (Brigitte en avait alors 22) ce long-métrage qui allait faire le tour du monde et imposer le petit village de pêcheurs de Saint-Tropez, où Bardot s'installera deux ans plus tard dans sa célèbre propriété de 'La Madrague', comme l'un des hauts-lieux de la jet-set internationale.
Une femme, Brigitte Bardot, jeune et belle, libre et sensuelle, une silhouette de rêve, un corps splendide, sa moue boudeuse, ses soutien-gorge pigeonnants, son postérieur 'qui chante' (c'est dit dans le film, un peu plus directement d'ailleurs), désirée par les hommes, détestée par les femmes, fait l'objet de la convoitise de Curd Jürgens, un riche et 'vieil' homme d'affaires qui veut faire construire un hôtel et un casino sur place, est folle du beau ténébreux Christian Marquand, qui ne pense qu'à la séduire, et finalement épouse, pour leur plus grand malheur à tous les deux, le timide Jean-Louis Trintignant, fou d'elle, mais qui ne saura pas 'domestiquer' ce jeune 'animal' qui rend tous les hommes fous de désir.
Car ce long-métrage français proposé dans une version entièrement restaurée (image et son) par René Chateau, tourné en couleurs et en Cinémascope, ce qui n'était pas vraiment la norme à ce moment-là en France et contribua certainement à la diffusion largement internationale du film surtout aux Etats-Unis, aux studios de la Victorine à Nice pour les intérieurs et à Saint-Tropez même et à l'entour pour les extérieurs, musique de Paul Misraki, est un film sur la montée du désir, le portrait d'une jeune femme qui 'travaille' à être heureuse, a le courage de faire ce qui lui plaît quand ça lui plaît, ce qui n'était pas vraiment la norme non plus à cette époque-là. Et c'est précisément ce qui a choqué alors, plus que BB elle-même, qui ne se montre pas vraiment nue dans le film. Ceci dit elle porte quand même des vêtements très près du corps, échancrés, mouillés, transparents et «quand on la regarde, on devient d'un coup moins intelligent ».
Grâce à ses dialogues souvent à double sens et tout simplement de qualité (« L'avenir, c'est ce qu'on a inventé de mieux pour gâcher le présent ! »), ce drame des années cinquante, qui fit de Brigitte Bardot le pendant français de Marylin Monroe et de Roger Vadim le plus sulfureux des réalisateurs de l'époque, demeure une sorte de 'document' sur les crispantes années 50 et mérite encore d'être vu, même si c'est avec une certaine indulgence, pour Bardot et le mambo sous le chaud soleil de Saint-Tropez à une époque heureusement révolue.