Ce nouvel opus des aventures expérimentales de Sonic Youth a été enregistré au festival de Roksilde, au Danemark, en première partie de Black Sabbath. Les new yorkais sont ici accompagnés de quelques acolytes de renom : Jim O'Rourke, qui a un temps fait partie du groupe, le saxophoniste Mats Gustafsson ainsi que le bruitiste japonais Merzbow. Le CD se compose d'une seule longue pièce improvisée de près d'une heure. Un concept se cache derrière cette performance : Steve Shelley et Kim Gordon commencent seuls sur scène, ils sont rejoints au fur et à mesure par les autres musiciens, Moore et Ranaldo, puis O'Rourke, Gustaffsson et enfin Merzbow. Ce petit monde joue un certain temps ensemble puis les premiers arrivés quittent la scène, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il ne reste plus que Merzbow qui conclue le set en solo à coups de crrr et de shhh assourdissants.
Cela peut paraître fumeux, de toute façon l'essentiel n'est pas là. L'essentiel réside évidemment dans la musique, qui est extraordinaire. Elle est d'une force et d'une puissance à couper le souffle.
Elle est électrique et électrisante, bruyante, cathartique. Elle ne souffre pas des défauts d'une certaine musique expérimentale qui s'égare et perd l'auditeur. Les guitares crissent et hurlent, parfois suraigues, en plus de ça le saxophone s'égosille et les sonorités électroniques de Merzbow donnent un côté irréel à l'ensemble. Cet édifice sonore
tourbillonnant est soutenu par la batterie inspirée de Shelley. C'est improvisé mais c'est loin d'être n'importe quoi. C'est du free-jazz bruitiste, un maelstrom de sons et de bruit qui donne le tournis, donne envie d'imiter un gargouillis de saxo avec sa bouche, fait réfléchir à des notions aussi vastes que la musique, la liberté et l'apparition de la vie sur Terre, et se révèle in fine d'une incroyable beauté.
Si on peut regretter qu'ils se soient un peu trop assagis sur leurs albums officiels, on est heureux de retrouver ici les quatre new yorkais aussi jeunes et essentiels qu'au premier jour, donnant une leçon de choses et de bruit d'une intensité à faire fondre l'inlandsis. Et ça c'est fjord !