On a tendance à l'oublier dans le globalement affligeant monde du rock de ces dix dernières années, mais en musique tout est avant tout question de chansons. Pas de style, de son, de look, question de chansons. Aussi, après que la sortie de ce disque ait été repoussée une, puis deux, puis trois fois, lorsqu'on a lu que les musiciens du groupe se réunissaient en studio en l'absence de Julian Casablancas qui, excusons du peu, avait écrit 95% des chansons du groupe jusque-là, oui, franchement on a eu peur. D'abord parce que des tourneries de musicos qui enregistrent des rythmiques ça n'a jamais fait des chansons. Mais aussi et surtout parce que, après la sortie de l'excellentissime album solo de Julian Casablancas, qui de surcroît explorait plein de pistes nouvelles, un album simplement moyen des Strokes aurait pu signifier la fin pure et simple du groupe.
Mais heureusement. Heureusement pour tout le monde, Julian Casablancas est revenu. Et a aussitôt re-foutu sa merde, re-semé une ambiance épouvantable. Et re-proposé des idées de chansons. Résultats des courses, 95% de ce que les 4 autres avaient fait ensemble a été immédiatement jeté à la poubelle, Julian Casablancas a repris la main, et l'enregistrement du disque a pu reprendre un cours normal.
Le résultat est là et s'appelle "Angles". La première écoute, comme d'hab', est un peu décevante : "Oui bon ben ok, ils font du Strokes". Et puis à partir de la 2e écoute, il y a une rythmique par-ci qui accroche l'oreille, une mélodie par-là. Et puis après 3-4 écoutes c'est parti, on ne peut plus faire grand-chose d'autre que d'écouter cet album en boucle.
Placé en ouverture, "Machu Picchu" est un single quasiment aussi malin et irrésistible que "You only live once" qui ouvrait l'album précédent. Derrière, les redoutables "Under cover of darkness", "Taken for a fool" ou "Metabolism" maintiennent la pression, mais globalement c'est tout l'album qui est bon. Moins bon que le premier évidemment, mais meilleur que le deuxième, sans l'ombre d'un doute. Il n'y a pas vraiment de surprise, les Strokes déballent leur palette habituelle, bons rocks à guitares, touches électroniques, petites rythmiques limite reggae, mais justement c'est ça qui est bon. Les Strokes ne sont désormais plus les leaders du rock, ils ne mènent plus le moindre mouvement, mais ils continuent à faire de l'excellente musique, et c'est bien ça le principal.