En 1996, Dio sortit son 7e album solo appelé "Angry Machines". Ce disque succéda à "Strange Highways" (1993) et s'incrit dans la même lignée que ce dernier, c'est à dire dans une mouvance plus sombre et moderne que les oeuvres pleines d'elfes et de dragons telles que le chanteur se plaisait à les aligner dans les années 80. Lui-même déclarait à l'époque (et à qui voulait l'entendre) qu'il ne se voyait plus vraiment parler de lutins et de sorcières, et qu'il tenait donc à proposer une musique et des textes davantage encrés dans le réel.
Seulement voilà, alors que "Strange Highways" était l'illustration d'une reconversion parfaitement réussie, évoquant plus un "Dehumanizer" (lourd, sombre et agressif) de Black Sabbath, que des albums moyens comme "Sacred Heart" ou "Dream Evil" (sur lesquels Dio appliquait grosso modo la même formule que sur ses anthologiques "Holy Diver" et "The Last in Line" mais la magie et l'inspiration en moins), cet "Angry Machines" s'avère moins convaincant.
En ce qui me concerne, ce n'est pas vraiment un problème de style musical. En effet, j'adore les vieux Dio mais je préfère 100 fois le virage pris sur "Strange Highways" à une déclinaison inutile et penchant vers le caricatural comme ce fut le cas sur certains de ses albums précédents.
Non, le problème avec "Angry Machines", c'est juste qu'il manque de titres forts et de mélodies accrocheuses. Certains morceaux sont pourtant très réussis, j'aime particulièrement "Institutional Man" (bien lourde, avec une atmosphère bien pesante), "Don't Tell the Kids" (assez speed), "Golden Rules" (et son intro malaisante) ou encore la ballade au piano "This is your life" sur laquelle Dio livre une très belle performance.
Le reste de l'album est plus discutable. Certains passagent sortent du lot mais l'ensemble ne s'avère pas très mémorable. Le jeu de guitare de Tracy G. (qui m'avait pourtant séduit sur l'album précédent) manque singulièrement de finesse, et quelques-uns de ses riffs distillent davantage d'ennui que d'excitation. Des chansons comme "Stay out of my mind" ou "Dying in America" m'arrachent même de francs baillements...
Je trouve toujours ce disque assez intéressant malgré tout. Son propos et sa production un peu séche et brute n'ont pas forcément convaincu ceux qui auraient voulu entendre quelque chose de plus ample, lyrique ou épique... je comprends.
Une moitié de disque demeure cependant très réussie et vaut la peine qu'on se repenche dessus, il me semble. Cela dit, je suis tout à fait d'accord pour admettre qu'il ne s'agit absolument pas d'un des meilleurs albums de ce grand chanteur.
D'ailleurs, faute de réel intérêt de la part des fans pour cette nouvelle direction, Ronnie James Dio rappellera finalement ses dragons et le style de musique pratiqué dans les 80's sur des albums comme "Magica" (2000) ou "Killing the Dragon" (2002). C'est un peu triste (car pas très surprenant)... mais tellement compréhensible.