Moby n'a pas toujours fait danser les
ravers, écrit de la
musique pour des pubsou composé de la
ratatouille électronique (J'aurais voulu dire gulasch ou pot-au-feu, mais Monsieur est végétalien, donc je ne vais pas insulter ses convictions...). A ses débuts, il a en effet joué dans un groupe hardcore punk, Vatican Commandos, il a aussi brièvement fait partie du groupe post-punk
Ultra Vivid Scene. Monsieur sait donc manier la distortion, et en 1996, alors que tout le monde le perçoit comme un musicien électronique, il entreprend ce violentissime suicide commercial.
C'est exactement le genre d'album qui me donne envie de rouler comme un demeuré sur l'autoroute, au mépris de n'importe quelle limitation de vitesse ou du code de la route. "Me donne envie", hein, parce que tout le monde le sait, l'abus de vitesse est dangereux pour la santé. Pondu par un poids plume par son physique, cet album est un poids lourd de saturation, quelque part entre du punk aux anabolisants, du
Ministry carnivore nourri au larsen, du metal indus bas du front avec des déflagrations de batterie bien bêtes et très méchantes. Il ne fonce pas droit dans le mur, il les défonce tous les uns à la suite des autres. Derrière son physique chétif, Moby cache un sens de l'énervement et une capacité à hurler plus que satisfaisants. Pour introduire et conclure cet objet de pure rage, Moby nous prouve quand même qu'il est sensible et qu'il aime bien les violons mélancoliques.
Pourri par la critique, cet album reste néanmoins une bombe dans ma discothèque, le C4 de 1996, qui fait passer Antichrist Superstar de M. Manson, Life is peachy de Korn et Evil Empire de Rage Against The Machine (tous trois sortis la même année) pour de l'easy listening. Seuls peut-être Beat The Bastards de The Exploited, Roots de Sepultura et Filth Pig de Ministry (eux aussi de 1996) parviennent à surpasser la violence sonique d'Animal Rights. Si l'excès de distortion vous fait peur, vous pouvez toujours vous rabattre sur
l'édition américaine, à laquelle ont été greffés des titres ambient, histoire de calmer le jeu.