Le dernier vrai grand disque de Pink Floyd, réalisé deux ans après "Wish You Were Here" mais dont plusieurs titres datent de cette époque (d'ailleurs, on peut remarquer une évidente similitude de ton et d'atmosphère entre ce "Animals" et des titres comme "Have A Cigar" et surtout "Welcome To The Machine"), tout aussi homogène et conceptuel que ce dernier mais beaucoup plus sombre, mysanthrope, pessimiste, sans espoir, dessinant une humanité divisée en différentes animalités, magnifiquement illustré par une photo spectaculaire et crépusculaire de la fameuse usine Battersea Power Station de Londres.
L'instrumentation est relativement réduite et sobre par rapport aux albums précédents (plus de saxophone, de piano ou de choeurs, beaucoup plus de guitare).
L'album s'ouvre et se referme sur une pièce dépouillée avec juste la voix et la guitare acoustique; l'enchaînement entre l'introduction et le long titre "Dogs" est superbe... Le volume de la musique monte doucement, guitare et synthétiseur, puis la voix fait son entrée ainsi que la rythmique. Au milieu, un passage planant avec échos de voix puis d'aboiements qui se répètent comme dans un mauvais rêve, et puis c'est la reprise du début. La coda rappelle fortement celle de "Dark Side Of the Moon", construite exactement sur le même modèle. Un morceau d'une remarquable fluidité malgré la noirceur du propos, composé à 90 % par D. Gilmour selon ses propres dires.
Les deux autres titres ("Pigs", le plus rageur du disque, et "Sheep", le plus contrasté, avec un segment instrumental central en forme de reprise de celui de "Dogs", son finale en apothéose), composés par R. Waters, sont très réussis et prenants également.
Avec "Pigs On The Wing Part 2" se referme cet indispensable de Pink Floyd, avant que ne s'ouvre une nouvelle page de l'histoire du groupe qui entamera alors sa lente désagrégation (même si Roger Waters qui prendra seul les commandes du "méga-planeur" réalisera le boursouflé "The Wall" puis l'apocalyptique "The Final Cut" avant de s'éclipser à contre-coeur et même si David Gilmour oeuvrera à deux ultimes albums de qualité certes mais sans génie et qui ne resteront pas dans les annales, à juste titre d'ailleurs).