Bien que Ministry, groupe culte chicagoan de heavy metal mâtiné d'indus, ait annoncé que cet album serait assez violent, il n'en est finalement rien. Au contraire, il s'inscrit dans la lignée de
Dark Side Of The Spoon réalisé en 1999. Les rythmiques sont moins fortement marquées, le son global moins porté sur les machines, le chant moins guttural ("The Light Pours Out Of Me"), l'ensemble plus mélodieux et donc... plus humain ! Malgré tout, Al Jourgensen et Paul Barker ne se sont pas assagis pour autant, comme en témoignent la chanson titre ou "Broken" qui évoquent le meilleur de l'âge d'or (1992) et un album comme
Psalm 69 : The Way To Succeed And The Way To Suck Eggs.
--Hervé Comte
Depuis l’inattendu succès de
Psalm 69 en 1992, Ministry a connu beaucoup de déconvenues : insuccès commercial et critique de
Filth Pig (1996) et
Dark Side of the Spoon (1999), problèmes personnels de son leader Al Jourgensen (divorce, problèmes avec les autorités américaines, dépendance à l’héroïne), soucis contractuels et pour finir renvoi de chez Warner en 2001.
Depuis 1999, hormis l’excellent single
« What About Us ? » (issu de la B.O. du film de Spielberg
AI : Artificial Intelligence), paru sur Greatest Fits en 2001, rien de neuf à signaler chez Ministry. De 1988 à 1992, le groupe avait été régulier dans ses productions et toujours excellent, puis peu à peu la qualité et la régularité avaient commencé à diminuer. Annoncé comme un retour aux sonorités de
Psalm 69,
Animositisomina – troisième album studio seulement en onze ans ! – était très attendu. Hélas, ce n’est pas ce disque qui rehaussera la discographie du groupe, alors mal en point.
L’aspect « indus », déjà largement écarté des deux précédents albums, est ici encore délaissé, au profit d’un heavy metal mal inspiré et lourdaud. Contrairement à l’extraordinaire et écrasant
Filth Pig, il n’y a ici ni ambiance ni émotion, seulement des compositions pénibles où les effets de distorsion de la voix et la répétitivité ne sont que des pis-aller pour un groupe en mal d’inspiration. Ni l’ennuyeuse reprise de Magazine (
« The light pours out of me » ), ni la nouveauté de la production ne sauveront le disque du naufrage.
Restent néanmoins deux ou trois morceaux de qualité (un an plus tard, à la sortie de
Houses of the Molé, Jourgensen reconnaîtra que l’album n’était pas fameux). Car s’il est une constante chez Ministry, c’est l’art de commencer et terminer ses albums. Avec
Animositisomina, la règle est respectée :
« Animosity », qui ouvre le disque est tout bonnement l’un des dix meilleurs titres du groupe ;
« Leper », qui le conclut est un instrumental, qui renoue avec le penchant du groupe pour les longs titres glaçants à tendance industrielle. En dehors de ces deux très bons morceaux, le reste est à l’avenant, seul
« Unsung » étant digne d’intérêt, avec sa rythmique et ses échos hypnotiques.
Dans la lignée thématique de
Filth Pig et
Dark Side…,
Animositisomina conclut une série intime au contenu sombre et douloureux, pour source l’addiction du leader de Ministry. Les paroles de Jourgensen relaient en effet assez largement ses soucis récents et présents : désarroi moral (
« Animosity »,
« Impossible »), problèmes d’addiction (
« Shove »), désintox et surveillance judiciaire (
« Piss »), sentiment d’être traqué (
« Lockbox »), regard amer sur les orgies de sexe et de drogues du passé (
« Broken »), etc. Mais si les deux premiers de cette « trilogie » intime avaient – indépendamment des réussites ou échecs – le mérite de l’audace et de l’expérimentation, ce 8ème album en revanche reste probablement le plus faible et le plus ennuyeux de la discographie du groupe.
Mikaël Faujour - Copyright 2012 Music Story