D'abord sorti en Angleterre en 1938, puis aux États-Unis en 1946, ce livre décrit un des futurs possibles de notre civilisation : un monde terrifiant, où règne l'interdiction de se distinguer de son voisin, de penser par soi-même, d'éprouver des sentiments...
Dans ce futur imaginé par l'auteur, alors qu'on ne peut s'exprimer qu'en disant "Nous", que le "Je" devient le mot interdit par excellence, l'Humanité semble avoir sombré dans une régression et un état d'indifférence à toute émotion quelle qu'elle soit. Dans ce contexte, le narrateur, qui nous fait le récit de son histoire, va se battre pour préserver sa flamme intérieure, son envie de vivre et de trouver la science pour amener le progrès..., se battre pour être Homme envers et contre tous, contre ce "Nous" qui fait bloc, qui fait barrage à l'expression de soi et du libre arbitre.
Hymne... Hymne à l'amour, Hymne à la Nature, Hymne à l'espoir cette petite flamme fébrile, Hymne à l'Homme et à la Femme, et par dessus tout, Hymne à la Liberté. Ce petit livre présente un grand intérêt philosophique et littéraire. Truffé de symboles, il appelle le lecteur à la réflexion, certes, mais lui offre également de savoureuses descriptions de l'âme humaine et de la nature. Impossible donc de s'arrêter à sa seule portée philosophique, sa dimension anti-collectiviste. On est ici plongé dans une histoire pleine de sensibilité et de tendresse, tout en pudeur et délicatesse, avec une dimension poétique forte, qu'on a plaisir à lire.
Dans ce monde dans lequel le personnage évolue, où toute individualité est reniée, où le simple fait d'aimer est inconcevable et strictement interdit par la loi, dans ce contexte particulier, l'amour naissant entre un homme et une femme, entre le narrateur et personnage central, affublé du nom-matricule "Égalité 7-2521", et une femme rencontrée au détour d'un chemin, "Liberté 5-3000" - qu'il nomme en secret "La Dorée", car nommer c'est distinguer, c'est reconnaître l'autre comme un individu particulier, c'est déjà aimer -, prend une dimension presque sacrée.
Ayn RAND nous restitue dans ces pages cette relation secrète, d'une pureté presque originelle (on pense à Adam et Eve), avec pudeur, délicatesse et poésie.
La nature, quant à elle, omniprésente dans le livre, est décrite de façon très poétique et sensuelle, comme une échappatoire à la tyrannie, à la dictature des hommes, de la société, telle une fenêtre ouverte sur le rêve d'un monde meilleur, une espérance, la liberté à l'état pur. Le personnage central commence d'ailleurs à goûter la liberté au moment où il pénètre dans la Forêt Vierge, puis lorsqu'il découvre avec bonheur la Montagne, méconnue de la Collectivité, trop soucieuse d'occulter soigneusement toute trace des "Temps Interdits" où les hommes connaissaient la Science et l'expression du JE.
L'intérêt de ce livre réside, me semble-t-il, dans le regard qui y est porté sur la vie, dans ce contexte de répression, d'asservissement, où chaque geste, chaque regard prend alors tout son sens. On redécouvre toute la résonance intérieure, toute l'importance de ces "petits riens" qui peuplent la vie quotidienne de chacun d'entre-nous, et auxquels on accorde souvent trop peu d'attention, par habitude. Mais lorsque l'interdit menace, ces "petits riens" sont alors sublimés, chaque regard, chaque sourire, chaque pensée devient une lumière précieuse et fragile, à préserver.
Ce petit livre se révèle, page après page, d'une grande richesse, il nous montre combien la vie et la liberté sont des biens précieux. Dans un style littéraire très original, subtil et hautement symbolique, Ayn Rand distille la beauté de cet Hymne à la liberté, à la saveur de la vie. Écrit il y a soixante-dix ans, ce roman trouve un échos dans nos esprits, tant il est étonnamment intemporel et universel.
Une belle découverte.
Merci à mon Grand-frère pour ce cadeau!