A l'instar d'un Linkin Park, d'un Rob Zombie ou d'un Stabbing Westward, Filter entre dans l'âge adulte et cela s'en ressent sur sa musique. Nous étions restés accrochés sur 2 premiers albums résolument métal, pourvus de gros murs de guitares mâtinés d'un soupçon d'indus et de relents de NIN, et nous adorions cela. C'était puissant, bien balancé, et Richard Patrick avait ce sens formidable de la mélodie imparrable. "Amalgamut" reprenait la formule, mais se perdait en route sur des titres en demi-teinte parfois dispensables. Avec cette 4ème livraison, Filter revient d'entre les morts, ce qui n'est déjà pas si mal en soi, car aux dernières nouvelles le groupe avait splitté. C'est donc un homme-orchestre qui nous a concocté "Anthems for the damned", acteur des vocaux, de la guitare et de la basse, avec quand même quelques invités pas dégueus... John 5, Josh Freese, Wes Borland et d'autres...
Ce disque, concept fortement anti-Bush et se posant en pamphlet contre la guerre en Irak, marque donc le changement... mais dans la continuité ! Je m'explique : la muse de Mr Patrick n'a en rien perdu de son pouvoir d'inspiration et les titres sont, une fois encore, très accrocheurs. La différence notable avec Amalgamut est que TOUS les titres sont bons. Par contre, le jeu est de manière générale légèrement plus calme (notez bien le "légèrement", car lorsque "The take" vous pètera à la g.... avec son tempo punkisant, vous rigolerez moins !), sans perdre en qualité. C'est signe de maturité. Rassurez-vous, on retrouve immédiatement la patte de Filter dès "Soldiers of misfortune", 1er titre tubesque à souhait avec un mid-tempo rehaussé d'une excellente mélodie. Vient ensuite "What's next" et son refrain rentre-dedans, et s'enchainent "the Wake", "Cold", "Hatred is contagious" dans un rythme soutenu sans jamais redescendre en énergie. seule la voix de Patrick est plus posée et reste le facteur principal de l'impression que cet album est plus tranquille... il hurle moins qu'avant ! (Et encore, pas toujours...). "Lie after lie" et "Kill the day" restent dans le ton, très efficaces. Un bon tempo qui tue ouvre "I keep flowers around" et de subtils déluges de guitares envahissent ce superbe titre dans le plus pur style Filter... jubilatoire. "In dreams" tourne autour d'un riff agressif pour enfoncer le clou lors du refrain, le tout très technoïde... NIN n'est pas loin ! "Only you" navigue sur un rythme à la gratte séche dans une atmosphère façon "The missing". Et "Can stop this" clôt le disque sur une mélopée hypnotique montant en crescendo sympathique mais pas franchement génial, mais tout a été dit avant, donc ce n'est pas grave, et puis Filter n'a jamais été très fort en grand final. En somme tout est bon et nécessite plusieurs écoutes attentives pour appréhender cette nouvelle oeuvre dans ses subtilités. Du chemin a été parcouru depuis "Short Bus", l'évolution a fait son oeuvre, et c'est tant mieux. Le résultat de ce cheminement est aujourd'hui un album abouti et recherché, que tout fan de Filter se doit de posséder, car après tout des créateurs du calibre de Richard patrick sont rares, et ses oeuvres sont encore plus rares.