"La poésie du Yamato a pour racine le coeur humain", comme l'écrivait (il y a très longtemps) Ki No Tsurayuki. Voici un recueil de poèmes japonais classiques. Surtout des poèmes d'avant l'époque Tokugawa, avant l'invention des haikus.
Ce sont principalement des "tanka", des poèmes à peine plus longs que des haikus. Et aussi des poèmes plus archaïques - des poèmes plus long, qui donnent souvent l'impression d'être nés de chansons.
Tous, ils expriment une sensibilité unique, développée bien avant les haikus ou les tanka. Une sensibilité à fleur de peau, attentive à l'inévitable passage du temps, mélancolique, méditative. Une sensibilité qui s'exprime dans la description du monde naturel, en laquelle l'expérience personnelle, pour ainsi dire, résonne. Une poésie très différente d'une poésie occidentale plus orientée vers l'action ("saisis le jour!").) Une poésie poignante, visant uniquement, comme le dit Kenneth Rexroth (dans
Les classiques revisités), à "conférer de l'intensité et magnifier l'expérience".
Depuis que des oies sauvages
J'ai pu entendre
Les cris,
Je n'ai pu chasser l'inquiétude
Qui règne dans mon coeur.
(Ôshikôshi no Mitsune)
Lorsque, la nuit
Nous avons vu notre aimée dans un rêve
Même fugitif,
De notre couche, le lendemain
Comme nous lever nous parait triste!
(Le moine Sosei)
Fleurs de cerisiers,
Qui ne connaissez le printemps
Que depuis cette année,
Puissiez-vous ne jamais apprendre
Qu'un jour vous devrez tomber.
(Ki no Tsurayuki)