Marilyn Manson a débuté comme un groupe de barges dépravés peu talentueux jouant une sorte de metal industriel bruyant et peu évolué. Puis Trent Reznor est entré dans le studio pour y rester sept mois, et Marilyn Manson est ressorti avec l'album de metal mécanique le plus intense depuis
The Downward Spiral, un disque qui prend véritablement aux tripes.
Antichrist Superstar est une maison des horreurs regorgeant d'atrocités effroyables qui marquent de manière indélébile comme un bain de sang chaud. Les rythmes menaçants entrent en collision avec des samples corrosifs et des riffs de guitare tranchants, sur lesquels le chanteur Marilyn place des mélodies irrésistibles avec la voix d'un clochard qui régurgite des tessons de bouteille. Un album essentiel, quel que soit le rôle joué par Trent Reznor dans son enregistrement.
--Jon Wiederhorn
Antichrist Superstar est l’un des albums les plus célèbres de Marilyn Manson, celui qui a fait couler le plus d’encre, en particulier par son contenu. Se proclamant dans son autobiographie « antéchrist » dans un pays où 80% de la population est de religion chrétienne, Marilyn attaque violemment la religion. Il fait ainsi écho à l’antéchrist de Nietzsche et à la vision selon laquelle la religion est l’issue des faibles (les «
beautiful people »), et réfrène les hommes de leurs envies, désirs et envies personnelles en en faisant des moutons dociles.
Produit par Trent Reznor et Dave Ogilvie en 1996, cet album est une révélation sur le plan musical. Personne ne s’attendait à un tel bouleversement, même si «
Sweet dreams » indiquait un groupe à l’esthétique macabre. Supposé avoir été écrit à partir de rêves et cauchemars, il fut enregistré à la Nouvelle-Orléans dans des conditions extrêmes (privation de nourriture et de sommeil, consommation exacerbée de drogues, dépravation sexuelle).
«
Irresponsible hate anthem » donne le coup d’envoi avec hargne et férocité, suivi de «
The beautiful people », l’un des meilleurs titres ronflant par ses salves de batterie et ses rafales de riffs constants, qui propulse le groupe en troisième position du Billboard aux Etats-Unis. Les obsessions sexuelles, morbides et suicidaires de Marilyn Manson, apparaissant tel un ange déchu dans la peau de Lucifer, sont représentées par
« Dried up, tied up ans dead to the world », «
Tourniquet », «
Little horn » ou «
Cryptochid ». Mais l’une des grandes réussites de ce joyau musical est
« Mister Superstar », alternant passages violents et pauses avec un Marilyn à la voix déchirante, préparant le terrain pour
« Antichrist Superstar », morceau lourd qui, tel un ouragan, arrache tout sur son passage.
La musique d’
Antichrist Superstar est des plus « vicieuses », tout en déflagration de guitares. La basse est mise très en avant. L’ensemble a un côté déstructuré, agressif avec un son plutôt sale et saturé. Le chant de Marilyn est particulièrement écorché et menaçant, tout comme ses « lyrics », collection de métaphores tordues, en particulier sur
« Tourniquet ».
En rejetant d’un bloc la « civilisation » moderne et plus particulièrement américaine, Manson s’autodétruit dans un tourment de haine («
Reflecting God »), tout en délivrant un message positif pour l’espèce humaine : « réveillez-vous ! ouvrez les yeux, soyez plus forts, affrontez vos peurs et surpassez vous ».
Angélique Fouret - Copyright 2012 Music Story