C'était une bonne idée, de la part de Jean Cocteau, de vouloir réhabiliter la célèbre pièce de
Sophocle, en la rajeunissant un peu et en la faisant ressortir du relatif oubli dans lequel elle était peut-être tombée avec le temps.
Et cette adaptation remonte à 1922, donc bien avant celles de
Jean Anouilh en particulier, ou encore de
Bertolt Brecht, entre autres, qui ont mis depuis la barre bien haut.
Pour autant, cette version ne m'a pas véritablement convaincu.
Trop courte, me donnant l'impression d'être un peu bâclée de ce fait (mais je suis probablement injuste car Jean Cocteau lui-même qualifie Antigone de sa "sainte", éloge que je ne peux que lui reconnaître avec une certaine adhésion, moi qui en fait l'une de mes grandes "héroïnes" dignes de la plus grande admiration, aux côtés des bien réelles
Sophie scholl ou de la plus pathétique
Charlotte Corday (avec laquelle, d'ailleurs, Jean Cocteau établit un certain rapprochement dans les notes qui succèdent à la pièce), ou peut-être encore de l'imaginaire
Dagny Taggart).
Créon y apparaît, du moins me semble-t-il, moins autoritaire que chez Brecht et moins responsable que chez Anouilh, un peu plus inconséquent et dépassé par les événements. Il lui manque, je trouve, un certain charisme et un sens suffisant de la conviction. On ne peut, de surcroît, à aucun moment hésiter ou avoir de doute, comme ce pouvait être le cas dans la pièce de Anouilh, quant à la justification sinon la pertinence de sa position, contrainte par l'autorité publique et la raison d'Etat.
Quant à Antigone, il lui manque une certaine fragilité que j'avais cru lui déceler chez Jean Anouilh comme, dans une moindre mesure, chez Bertolt Brecht. Paraissant un peu plus masculine, ici, et excessivement rebelle, presque de manière inconséquente, elle ne me semble pas avoir le recul et la réflexion qu'elle pouvait avoir chez les deux autres auteurs auxquels je fais référence.
Cependant, pas de quoi justifier deux étoiles. Un hommage à Antigone reste un hommage à Antigone ; et je ne puis qu'y adhérer.
Ce qui détermine la sévérité de mon évaluation tient surtout dans la deuxième piécette qui compose le présent recueil : Les mariés de la Tour Eiffel.
Malgré le caractère assez prétentieux de la présentation qu'en fait Jean Cocteau, qui aurait pu en partie me convaincre malgré tout et semblait annoncer un thème prometteur, je n'ai pas du tout adhéré à ce style dépouillé et virant à l'absurde.
Une pièce excessivement courte (malgré le parti-pris de la justification qu'en fait l'auteur) et qui n'a ni-queue-ni-tête, du moins à mon goût, malgré là encore la défense en forme d'attaque de l'auteur à l'endroit des esprits restrictifs comme le mien.
Histoire de goût, donc, mais je respecte éminemment celui de ceux qui sauront apprécier à leur juste valeur ces deux écrits de l'auteur...