La maison d'édition Bréal semble s'être fait une spécialité des ouvrages dits iconoclastes qui ont pour objectif affiché de dessiller les yeux d'une population abrutie par, au choix, la publicité, la télévision, la société de consommation...etc. L'intention est certes louable, bien que les ouvrages de référence sur les domaines abordés ne manquent pas (si on veut bien se donner la peine de chercher), mais la liste des « vengeurs » choisis par Bréal pour cette entreprise hygiéniste suscite au mieux, le rire, au pire un légitime agacement. On y retrouve en effet, les happy few habituels qui confisquent la parole sur tous les supports possibles (TV, radios, presse), et que Philippe Muray nommait les rebelles institutionnels. Ainsi de l'ineffable et néo-jésuite Bernard Maris qui réussit, grâce à son entregent (Charlie Hebdo, France Inter) à commettre un bien innocent antimanuel d'économie qui doit cependant faire frétiller (ou mieux, si affinités) ses étudiantes (le mythe du prof pas comme les autres, éculé, mais toujours efficace), ou du nullissime François Bégaudeau, qui croyant naïvement (et il est bien le seul) qu'on lui avait attribué la palme d'or à Cannes pour son seul talent, s'est cru autorisé à signer un antimanuel de littérature (on lui préfèrera le Jourde et Naulleau commenté ici par Latour).
L'antimanuel que nous propose Bréal a trait à la médecine et pour auteur Jean Paul Escande, présenté en quatrième de couverture comme un pamphlétaire. Voire. Le livre fermé, il faut malheureusement se rendre à l'évidence : comme pour les autres ouvrages précités, on est bien plus proche du pétard mouillé que de l'explosion thermonucléaire. Explication.
S'agissant de la forme, l'auteur a choisi la formule de l'énonciation multiple : il donne ainsi la parole à plusieurs personnages lors d'une « visite » du monde médical qu'il nomme « Médico-Tour ». N'étant pas (heureusement pour eux) Sterne ou Diderot qui veut, le résultat est désastreux ; la confusion est totale au bout de quelques pages, et la lecture devient vite éprouvante (il est quasiment impossible de lire le livre ou même un chapitre d'une traite). L'usage systématique de l'interpellation directe du lecteur, de même, est rapidement lassant. Pour faire scolaire, chaque chapitre se clôt par des extraits d'ouvrages divers, qui, s'ils sont souvent intéressants, ne font qu'ajouter au capharnaüm. On tremble à l'idée que l'intéressé soit aussi bordélique dans l'exercice de son art.
S'agissant du fond, l'affaire est plus gênante, puisque tout ce que dénonce Jean Paul Escande peut être constaté par tout malheureux consultant son médecin ou prostré sur un lit d'hôpital, à savoir, et sans souci d'exhaustivité : omniprésence de la technique, infantilisation du malade, anonymat, mépris/condescendance des praticiens, gaspillages, pertes de temps...On aurait aimé en revanche des précisions, des détails, des exemples, sur le mandarinat, le déroulement des études de médecine, le travail du lobby pharmaceutique auprès des politiques. Dès la dédicace, on sait cependant qu'on n'apprendra pas grand-chose sur ces sujets, puisque l'auteur tient à remercier Michelle Alliot-Marie, Georgina Dufoix et Marie-Georges Buffet (sic !). Qualifier, dans ces conditions, l'auteur de pamphlétaire paraît donc bien hasardeux, mais bien caractéristique d'une époque où les mots n'ont plus de sens. CQFD.
Preuve supplémentaire que le médicastre est rien moins qu'un pamphlétaire (d'ailleurs, il n'y en a plus), il consacre la fin de son pensum à l'exposé de sa solution pour l'hôpital ; l'hospitalisation à l'heure. Inutile de dire que cette démonstration n'est pas aérienne.
S'il s'agissait d'autre chose que d'un livre, on pourrait dire, en conclusion, qu'il y tromperie sur la marchandise. On se contentera du livre placebo. What's new, doc ?