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13 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Un disque pour Audiophile Mélomane,
Par HERVÉ Thierry "Audiophile Mélomane" (France) - Voir tous mes commentaires (COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR) (TOP 50 COMMENTATEURS) (VRAI NOM)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Antoine de Févin : Requiem d'Anne de Bretagne (CD)
Mariée successivement à deux Rois de France - à Charles VIII, contre son gré, alors qu'elle n'avait que quinze ans, et à Louis XII, huit ans plus tard -, la duchesse Anne de Bretagne est avec Yves Hélory de Kermartin (dit, plus simplement, Saint Yves) l'un des deux personnages les plus emblématiques de l'histoire de la Bretagne. Si, pour les Français, elle est celle qui favorisa par ses unions le rattachement de la Bretagne à la France (la Bretagne ne sera officiellement rattachée à la France qu'en 1532, soit dix-huit ans après sa mort), dans la mémoire bretonne elle reste avant tout celle qui veilla, toute sa vie durant, au maintien de l'indépendance de son duché. Décédée à Blois le 9 janvier 1514 à seulement trente-sept ans, elle fut honorée par des funérailles d'une ampleur sans précédent. Ainsi, comme nous l'apprend Denis Raisin Dadre - aussi bien à travers son enregistrement que par les commentaires avisés de son livret -, les « déplorations musicales » qui s'ensuivirent furent à la hauteur de la cérémonie : pas moins de quarante jours avant que son inhumation n'ait lieu dans la nécropole des Rois de France à la basilique de Saint-Denis ! Recréée tout spécialement pour ce disque à partir de sources historiques, la Messe de Requiem d'Antoine de Févin s'efforce de traduire la ferveur et l'émotion qui entourèrent ce deuil royal. Spécialiste de la musique de la Renaissance, l'ensemble Doulce Mémoire concilie, selon leur habitude, l'art et la manière. En dépit d'une musique suffisamment grave et solennelle, il s'investit en développant un chant d'une lisibilité remarquable. Ni pompeux, ni oppressant, le climat vocal et instrumental (uniquement des vents) qui s'en dégage est en parfaite adéquation avec une écriture majestueuse teintée de douleur et de fatalité. Harmonieuse et sereine : telle apparaît leur vision des événements. Ainsi, sans concession, mais prodigieusement touchante, la musique de Févin trouve dans leur interprétation un passeport lui permettant d'atteindre la postérité. Entrecoupée par quelques courtes pages de chants traditionnels bretons et complétée par autant de pièces issues du répertoire de plusieurs contemporains de Févin, l'écoute de cette Messe attise notre fibre civique comme peu de musique ont su le faire avant elle. Parole de Breton !
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10 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Pureté et recueillement de musiques de la Renaissance,
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Antoine de Févin : Requiem d'Anne de Bretagne (CD)
Cet album nous livre avant tout le superbe "Requiem d'Anne de Bretagne", composé par Antoine de Févin (1470-1512 environ), un des musiciens gravitant autour de la cour de la reine (à la fois fille du duc de Bretagne, puis reine de France). Ce "Requiem" est évidemment chanté en latin ; mais, d'autres pièces, présentées ici, le sont en breton. On signalera au passage que la reine Anne de Bretagne mourut à Blois en janvier 1514. La performance des interprètes nous prend totalement, aussi bien avec l'ensemble Doulce Mémoire et Denis Raisin Dadre - spécialisés dans la musique de la Renaissance (au sens large) - que pour le chanteur traditionnel breton Yann-Fanch Kemener, intervenant parfois comme soliste "a capella". Certains passages restent purement vocaux (ch½ur d'hommes) ; d'autres instrumentaux ; ou bien encore les deux à la fois. Les instruments sont assez classiques et simples, avec notamment la flûte à bec (Denis Raisin Dadre ayant été d'abord un flûtiste). Les harmonies vocales, appuyées sur l'ancienne tradition polyphonique médiévale, ressortent avec une grande netteté et limpidité ; ce qui donne une atmosphère recueillie et assez grave au "Requiem", sans pour autant nous plonger dans une angoisse marquée. Voilà donc un excellent CD de musique ancienne, permettant d'apprécier des interprètes très spécialisés dans ce répertoire et de faire plus ample connaissance avec un compositeur méconnu des débuts de la Renaissance française.
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21 internautes sur 22 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
La mort d'une reine,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Antoine de Févin : Requiem d'Anne de Bretagne (CD)
L'ensemble Doulce Mémoire avait il y'a quelques années reconstitué le requiem d'Eustache Du Caurroy joué en 1610 pour la mort d'Henri IV et avait produit à cette occasion un disque sublime.Une nouvelle fois, l'ensemble retourne aux fastes des funérailles royales de la monarchie française mais un siècle plus tôt, en 1514, pour la mort d'Anne de Bretagne, épouse de Louis XII qui par son union pacifia les rapports de sa province avec le royaume des lys. Ces funérailles durèrent 40 jours durant lesquels les cérémonies succèdent aux prières, aux cortèges somptueux, aux déplorations, à l'exposition du corps embaumé de la souveraine. Ces fastes noires demeurent encore le modèle du genre, et la source d'inspiration pour tous les monarques français après elle. La photo du gisant saisissant d'Anne de Bretagne à Saint Denis aux côtés de son époux donnent une idée de ces pompes funèbres grandioses et lugubres. Antoine de Févin, né à Arras, au service du roi Louis XII, est l'élève de Josquin Desprez. Il se surpasse en poésie grave voire lugubre, en ampleur solennelle, jamais monumentale ni pompeuse: il annonce toutes les nouvelles tendances musicales qui trouveront leur essor sous le règne de François Ier. La réalisation musicale atteint l'extase méditative, le sentiment d'un accomplissement dans l'apaisement et le renoncement parfaitement assumé. Tout le mérite revient au geste nuancé et raffiné, articulé et inspiré des chanteurs et instrumentistes (consort de flûtistes, cornetiste et sacqueboutier...) portés par Denis Raisin Dadre. Si l'on devait caractériser davantage l'impression générale suscité par le Requiem de Févin, la partition sélectionnée penche plutôt du côté du gisant idéalisé que du transi expressif et mordant : le portrait musical d'Anne de Bretagne tel que nous le brosse Févin, relève de la majesté éternelle, de la douceur éloquente, celle d'une plénitude céleste et divine, promise à la défunte Reine. La Messe réalise in fine son apothéose ultime et triomphante. Le programme est enrichi de lamentations en breton, tout aussi émues à l'évocation de la Reine Anne, laquelle, en véritable héroïne populaire, incarne malgré le rattachement final de la Bretagne à la Couronne de France, l'ultime résistance du duché, son indépendance viscérale. Je ne suis pas connaisseur de cette musique si ancienne mais j'avoue avoir été très touché et ému, et aussi impressionné par la plénitude et la technique déja acquise par les musiciens français de cette époque. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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