Eugen Jochum à DRESDE, de 1975 à 1980, remet l'ouvrage des 9 symphonies, avec un seul orchestre cette fois, sur le pupitre du fameux orchestre de la Staatkapell de DRESDE fondé le 22 novembre 1548, le plus ancien orchestre du monde et considéré comme un des plus prestigieux orchestres européen.
La ville de Dresde, surnommée "la Florence du Nord", ville d'art et de culture, sans objectif stratégique fut quasiment détruite dans la nuit du 15 février 1945, à la fin de la guerre par un déluge de bombes au phosphore interdites par la Convention de Genève. Bilan 300.000 morts sur une population civile de 630.000 habitants.Le rapport de la commission d'enquête a conclue " massacre délibéré et bombardement de vengeance des états-majors Anglo-américain". Ce qui constitue également un crime contre l'humanité avec Hiroshima et Nagasaki. Cet aparté permet de situer le contexte de cet enregistrement dans la Lukaskirche reconstruite après guerre, sorte d'exorcisme de libération des âmes innocentes sacrifiées sur l'autel de Baal.
" Pour comprendre la musique de BRUCKNER...il faut saisir son caractère cultuel et cette foi en un dieu vivant qui l'habite et qui est l'expression intemporelle de l'âme universelle d'un chrétien convaincu" (Karl Ganzer); En effet, cette musique intemporelle n'a pas d'âge. Elle brasse des mondes cosmiques et des espaces galactiques par des marches de titans, des méditations puissantes et des scherzi impétueux et des péroraisons grandioses dans le paradoxe d'un temps suspendu, d'où la difficulté des esprits non contemplatifs à saisir la pensée de Bruckner, surnommé " le Barde de Dieu ".
La plupart des commentateurs qui s'expriment ici, au sujet de Bruckner pensent que l'intérêt des symphonies ne commencerait qu'à la 3e, et en oubliant qu'il y en a onze,( sans compter les nombreuses versions) se permettent de juger de la valeur ou pas de telle ou telle symphonie, alors que les premières recèlent un intérêt tout particulier. Il est clair qu'ils ne les ont pas bien écouté.
La musique ne concerne pas uniquement l'audition. Elle met en résonance avec sa propre architecture interne complexe, à la fois innée et acquise qui se construit par une culture universelle. Si l'on veut atteindre les harmonies Brucknerienne, il faut aussi connaître sa vie ! La musique, ce n'est pas que des notes et des sons pour ébranler les sens assoupies des endormis !
Cette seconde version, plus réverbérée, est cependant moins aboutit que la première version de Jochum à Berlin et en Bavière.