Bonne nouvelle pour ceux qui se sont assoupi à l'écoute des derniers pensums délivrés par la très fade Keren Ann : voici le genre de chef-d'oeuvre pop-soul que la prétentieuse hollandaise n'enregistrera jamais...
Jeune guitariste née à Brooklyn, Evie Sands connaît un début de carrière confus, gravant quelques rares singles pour d'obscurs labels. Puis en 1969, sous la houlette du songwriter new-yorkais Chip Taylor, jeune frère de l'acteur Jon Voight, et célèbre pour ses tubes chez les Hollies (I Can't Let Go) et les Troggs (Wild Thing, qui deviendra un des morceaux de bravoure de Jimi Hendrix), elle enregistre cet unique album sixties, entre New-York et Los Angeles. Malheureusement, les multiples incarnations des titres présentés (même les passablement drogués Spiritualized reprendront dans une autre vie la chanson-titre), ainsi que la suprématie des reines blanches (Dusty Springfield, Carole King) et noires (Dionne Warwick, Aretha Franklin) de l'époque brouilleront les pistes, et finiront par reléguer la brunette piquante au bataillon trop fourni des oubliées de la musique.
Et pourtant, la belle ne manquait pas d'arguments : un physique avenant, dont le livret se veut le plus fervent zélateur, proposant la bagatelle d'une quinzaine de photos - Evie à la campagne, Evie boudeuse, Evie avec un chat, un cheval, Evie avec Johnny Cash..., un talent de songwriter sous-exploité mais récemment salué par Beck et Beth Orton, et surtout cette voix coquine, ondulant entre la fougue d'une tempête, qui déferle sur le fringant Close Your Eyes, proche des plus brillantes envolées blue-eyed soul de Bobbie Gentry et le velouté du miel d'acacia, qui ouate One Fine Summer Morning, ballade nocturne et apaisée qui, à la tombée de l'album, se pare d'atours bleutés semblables à ceux qui feront le succès de Norah Jones, 35 ans plus tard...
Bref, puisque le contenu se révèle aussi charmant et solaire que la pochette, cette impeccable réédition signée Rev-Ola est rigoureusement indispensable !